Charlevoix, terre d’écueil

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Par Émélie Bernier
Charlevoix, terre d’écueil
Un jour, la vie reprendra son cours....avec ou sans masque. (Photo : Tourisme Charlevoix, Caroline Perron.)

 

Voilà. C’est fait. La bulle où s’était réfugiée Charlevoix, à l’abri des vicissitudes de la COVID-19, a éclaté lundi.  Jusqu’ici, un peu plus de trafic, mais point de scandale. Et toi,  Charlevoix, ma belle, seras-tu aussi souriante et accueillante qu’avant? Ou le spectre d’un certain virus s’immiscera-t-il comme une ombre malveillante entre toi et ton visiteur?

 

La peur est un sentiment puissant. Elle réveille l’instinct de survie, mais ce faisant, elle justifie une certaine érosion des valeurs de civisme, d’empathie, de vivre-ensemble. L’être humain traqué n’hésitera pas à faire une jambette a son prochain, si ce croque-en-jambe est garant de sa propre continuité.

Ne dit-on pas que l’important, lorsqu’on croise un prédateur, est de courir au moins plus vite que le plus lent du groupe?

La COVID-19 génère plus que sa part de peur. Parfois irrationnelle, parfois justifiée. Oui, il faut craindre sa morsure pour saisir l’importance d’adopter les comportements adéquats en matière de prévention. Non, il ne faut pas céder à la panique et voir dans chaque visage inconnu qui croise notre route une menace à notre intégrité physique.

Et des visages inconnus, il y en aura de plus en plus dans notre environnement, n’en déplaise aux partisans de la région bunkerisée.

Bien sûr, je ne souhaite pas plus que la moyenne des ours que la maladie se fraie un chemin jusqu’à nous, ni voir débarquer ici une horde crachotante de porteurs de l’infâme virus, mais de là à succomber à la paranoïa et à inscrire au Sharpie le mot « pestiféré » sur le front de tous les nouveaux venus, il y a un pas que je ne franchirai pas.

Et si on misait sur la prudence en évitant de « frencher » à bouche que veux-tu le premier ou la première venu (e), en portant un masque lors de nos sorties mondaines (lire : à la pharmacie, à l’épicerie, au dépanneur…), en respectant les consignes que la Santé publique nous serine à tue-tête depuis des mois?

La bulle dans laquelle nous avons vécu ces derniers temps est une utopie. Nul n’est une île, ou nul ne peut le rester indéfiniment… Il y a Stéphane, qui n’a pas vu sa mère depuis 2 mois. La pauvre a des pertes cognitives. Il vit dans la crainte qu’elle ne le reconnaisse pas, la prochaine fois…

Et Odette, qui a bien envie de racler le terrain, de semer le jardin et d’enlever l’abri tempo au chalet pour lequel elle paie, ne l’oublions pas,  de copieuses taxes municipales…

Que dire d’Ariane, tombée sous le charme et dans les bras de François en février dernier… S’aimer par écrans interposés n’a ni le même charme, ni la même saveur…

Et un jour, les touristes reviendront. On n’y échappera pas, mais j’ose croire qu’ils feront attention.

Que voulez-vous! Charlevoix, terre d’accueil, a tout ce qu’il faut pour réconforter les confinés coincés depuis des mois entre quatre murs : le fleuve, la nature, le vent, les montagnes, l’espace, l’horizon.

Ne soyons pas chiches de ces incommensurables beautés! Ne laissons pas la peur réduire à néant la réputation d’hospitalité qui nous précède et, disons-le, fait vivre sinon vous-mêmes, probablement un membre de votre famille, quelques-uns de vos amis, votre voisin…

Ce n’est pas demain que la visite débarquera, mais pourquoi ne pas déjà se préparer à sourire derrière notre masque?

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Christian B.Hélène BouchardEmilie ThibeaultMarjolayne GaudreaultVeronyque Recent comment authors
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Francine Thibeault
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Francine Thibeault

Le droit à la santé un doit ligitime et pour les gens de tout Charlevoix, ils ne sont pas différents d » ailleurs .. Plusieurs ont du respect des consignes et lundi ils ont constaté qu’ on faisait du tourisme sans règle. ..Le premier ministre a bien dit : on ouvre les régions pour les essentiels et pour les personnes qui vont ds leurs résidences secondaires et de plus ,elles doivent faire une quarantaine. Ce qui a choqué : certains reportages et certains commerçants qui faisaient du commerce touristique…J »ai la certitude que personne de Charlevoix n’ a à l’esprit… Read more »

Veronyque
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Veronyque

Bien.dit Mme Thibeault!!

Jacques Tremblay
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Jacques Tremblay

Beau texte! Un appel au civisme et moi je renchéri par un
appel à la prudence..

Marjolayne Gaudreault
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Marjolayne Gaudreault

Bine d’accord avec vous Mme Thibeault..de toute façon un individu qui a tant soi peu t’intelligence reste chez lui dans sa région…des arbres des oiseaux et de l’air pur y en a partout…même à Montréal.. On va être obligé de poter des masque parce ces personnes..on décidé de venir ici.. bravo ! Heureusement je demeure à Clermont..et je me réjouit ..on est pas très prisé par les touristes :))

Emilie Thibeault
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Emilie Thibeault

C’est évident que Charlevoix ne peut rester confiner. Nous sommes une région touristique et nos commerces doivent renaître de ce covid et par le fait même, nous aussi comme population. Si tous les Québécois étaient aussi solidaires dans cette pandémie, (en suivant à la lettre les consignes données par le Gouvernement) comme nous le sommes pour amasser des argents, pour peu importe la cause, nous serions super contents de voir les nons résidents et ils seraient accueillis comme nous savons si bien le faire par contre, ce n’est pas le cas.

Hélène Bouchard
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Hélène Bouchard

Très bel article !

Christian B.
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Christian B.

Check la prose man