(CHRONIQUE) Matières à réflexion à l’ère de confinement

Photo de Brigitte Lavoie
Par Brigitte Lavoie
(CHRONIQUE) Matières à réflexion à l’ère de confinement
Ce qui se passe présentement pour les personnes âgées est révoltant et d’une tristesse inouïe.

On s’habitue à tout, ou presque. Aux files d’attente et aux lavabos de l’épicerie, au désert des rencontres amicales, à l’isolement, aux longues conversations téléphoniques, aux cours en ligne et aux réunions en mode-écran, aux jeux vidéos à caractères sociaux, aux enfants sans école, aux maisons pleines, aux voitures stationnées. Oui, on s’habitue à tout, sauf à l’inacceptable. En fait, le confinement et la situation actuelle apportent quelques constats pour le moins instructifs pour qui veut bien les voir.

Première matière à réflexion : rural et urbain sont deux mondes à part. La situation actuelle projette une lumière crue sur les différences, les disparités et les défis particuliers de chaque région.

Que la majorité des cas de COVID-19, d’hospitalisation et de mortalité soient concentrés dans les grands centres urbains fait passer nos régions éloignées comme  encore plus pittoresques que d’habitude. Comme s’il y avait deux planètes sur la même Terre : les grandes
villes et le reste du territoire. C’est comme assister à un cours en accéléré des effets de la concentration urbaine versus la ruralité, des habitudes d’une population d’un territoire donné versus un autre.

C’est éclairant de voir les effets locaux des mesures restrictives, mesures qui sont pourtant appliquées mur-à-mur dans la province. Difficile de ne pas comprendre une fois de plus que Charlevoix est un poids plume démographique et statistique, mais que les mesures du gouvernement ont ici un effet quasi instantané et bénéfique.

Désormais, il y a aussi le vrai goût et coût des choses. L’achat local, on en parle depuis des années, mais il avait l’allure d’un vœu pieux réservé aux consciences les plus aiguisées. Dorénavant, c’est un des outils essentiels de notre kit de survie économique. Le barrage policier à Saint-Tite-des-Caps aidant, l’attrait des grandes surfaces et autres adresses à la mode aux sièges sociaux américains et au stock « made in le bout du monde » en prend pour son rhume. Grand bien nous fasse.

Consommer moins, mais mieux et payer un prix juste et équitable pour un bien est un exercice qui demande un effort, certes, mais qui donne un goût différent. Il faut s’entraîner à réfléchir plus longtemps avant de faire un choix et du coup, à faire davantage attention à nos affaires, à éviter le gaspillage alimentaire, à savourer ce que nous mangeons et à développer une fierté toute légitime d’être un consommateur important, même pour les petites choses.

Enfin, une dernière matière à réflexion, ou plutôt matière à pleurer, est la façon dont on traite les personnes âgées. Ce qui se passe est révoltant et d’une tristesse inouïe. Même si Charlevoix est préservée pour le moment, nous sommes en pleine crise et personne n’est à l’abri.

Depuis des années, nous infantilisons les aînés et cultivons un modèle selon lequel vieillir doit être une période maussade et ennuyeuse et pour qui les choix en terme de soins de santé soient les moins pires du pire.

On construit des cages à poules dorées sans âme pour entasser ces vieux que nous ne voulons pas avoir à côtoyer dans nos quotidiens surchargés; on ignore les gens qui travaillent auprès des aînés à grand coup de salaire minable et de conditions de travail discutables; on entretient un système de santé bureaucratique et institutionnalisé aussi malléable qu’un navire pétrolier; on délègue au privé des responsabilités publiques. Après, on se surprend de recevoir la COVID-19 comme un coup de bâton en pleine face. Pourtant, n’était-ce pas prévisible, aussi triste et blessant que le constat puisse l’être?

On est tellement « poche », comme diraient mes ados, avec le fait de vieillir et d’accompagner la vieillesse, c’est triste et exaspérant.

En attendant que le virus passe son chemin et que finisse l’hécatombe, la majorité des Québécois confinés âgés de 70 ans et moins ont le temps de réfléchir à ce qui viendra après. Est-ce que c’est normal que la vie, l’espoir, l’enthousiasme, les projets, la joie, la qualité de vie, le respect, l’entourage stimulant et humanisé, la sécurité, le sentiment de bien-être et la quête du bonheur s’arrêtent à 70 ans?

Partager cet article
S'inscrire
Me notifier des
guest
0 Commentaires
Inline Feedbacks
Voir tous les commentaires