L’amour au temps du corona

Photo de Émélie Bernier
Par Émélie Bernier
L’amour au temps du corona
L’artiste et illustratrice Emmanuelle Houdart a gentiment consenti à prêter une oeuvre pour illustrer cette chronique amoureuse. Suivez-la via les liens indiqués au bas de la chronique. Et suivez ses conseils en temps de pandémie comme celui-ci: restez bien à l'abri, et lisez des livres (en talons hauts, et alors?)

 

En ces temps de pandémie, il n’y a pas que les amoureux qui sont seuls au monde. Peu importe l’état marital, la solitude nous assaille tous un peu, beaucoup, passionnément, à la folie… Mais l’amour existe encore, comme le chante si bien Céline. Et dans l’adversité, il se réinvente.

Papi et Mamie portent fièrement leurs  80 ans et des poussières. Depuis ce fameux vendredi 13 où ils ont compris que c’est ce qu’il fallait faire s’ils voulaient laisser encore quelques poussières s’accumuler sur leurs vieux jours, ils ont fermé leur porte à clé. Une première dans l’histoire de leur humanité accueillante! Ceux qui les connaissent savent que leur maison est ouverte depuis toujours, tous les jours. Un repas chaud, un verre de rouge, un café au lait de vache ou de soya, quelques langues de chats, une orange, une partie de scrabble, un plateau de fromage, des chocolats de Pâques, les nouvelles françaises, des nouvelles des îles ou du Brésil, les albums photos… toutes les raisons sont bonnes pour vous retenir un peu.

Mais pas ces jours-ci. Les vieux amants s’encabanent et regardent les bateaux passer, tant qu’il y en aura. Les mots sont croisés ainsi que les aiguilles à tricoter. Les siestes s’allongent dans le soleil de l’après-midi. Les carreaux scintillent un peu plus tôt qu’aux autres printemps. On tourne enfin les pages des livres trop longtemps clos. Il y a du beau dans ces jours cloîtrés.

Les ados, ces êtres foncièrement  sociaux, avaient déjà l’habitude de cultiver leurs amitiés à distance avec tik tok, snapchat et autres musical.ly (j’y connais que dalle, mais je fais comme ci). En ces temps de pandémie qui les isolent physiquement les uns des autres en les privant d’école (pour l’instant, ils ne s’en plaignent pas…), ils jouent à des jeux en ligne, se jasent jusqu’aux petites heures du matin (hey, il n’y a pas d’école demain… ni après demain… ni le surlendemain…) et se racontent leur vie à l’ère de la COVID-19. Ils en seront marqués, sans aucun doute. Ils apprennent à la dure ce que signifie le mot vulnérabilité.

En Italie, Roméo et Juliette n’ont plus le monopole de la sérénade au balcon. De balcons en balcons, les Italiens se chantent des chansons joyeuses ou tristes, frappent la tambourine ou tapent des mains, dans une communion en forme de pied de nez à la maladie qui alignent les cercueils comme des dominos tragiques.

Avec ma bande d’amis, on se fait des apéros virtuels via nos téléphones cellulaires. Même si pour la plupart, on ne vit qu’à quelques kilomètres les uns des autres, on a fait le choix de ne plus se côtoyer autour d’une table bien avant que Legault nous l’interdise. On se voit la tronche sur nos petits écrans et on se dit qu’on est chanceux, malgré tout, de vivre ça ici, à l’abri, bien nantis même si on ne roule pas sur l’or. On s’a, et ça en vaut, de l’or.  On trinque, on chante, on jase… La cacophonie n’est jamais loin, mais nous non plus, soudain, on ne se sent plus loin, ni seul. La certitude de l’amitié est précieuse en ces temps incertains.

Il y a ceux que la bête sépare momentanément.  Un amoureux coincé au loin, une quarantaine à distance, une femme au front qui prend soin des siens en choisissant de ne pas rentrer à la maison le soir.

Et ceux que la bête séparera pour toujours. Pas besoin de vous faire un dessin.

Il y a ceux que la bête unit et réunit. Ceux qui chaque jour se retrouvent au front ensemble à combattre la bête. Ceux qui soudain se côtoient sous le même toit et partagent leur pause de télétravail. Ceux qui échouent, navires heureux, dans les bras l’un de l’autre parce qu’il n’y a rien de mieux à faire.

Oui, quand cette épidémie sera finie, elle aura emporté avec elle bien des vies… Mais combien de petits bébés naîtront du coronaboom dans 9 ou 10 mois d’ici?

Combien de couples se seront retrouvés?

Combien de familles se seront soudées?

Combien d’amitiés auront résisté?

Des milliers, des millions, des milliards…

Et nous.

Aimons-nous quand même. Aimons nous jour après jour.

*Découvrez le travail de l’artiste et illustratrice d’Emmanuelle Houdart sur Facebook, où ses œuvres enjoliveront votre quotidien de confiné, ou sur Instagram.

 

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Esther Gauthier
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Esther Gauthier

Très beau texte

Sylvie Marquois
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Bravo 🙌

Sylvie Marquois
Guest

Bravo ! Un texte exemplaire que tout le monde doit lire et appliquer pour soi . Félicitations!