Yves Barbe: lutter contre le chrono… et le poids des années

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Par Gilles Fiset
Yves Barbe: lutter contre le chrono… et le poids des années

Yves Barbe, 66 ans, ancien champion canadien, sera du rallye de Charlevoix en octobre. Il a repris le volant après 15 ans d’absence, mais dès sa première course de la saison, il a failli tout lâcher, surpris par les nouvelles règles et par les jeunes pilotes, beaucoup, beaucoup plus téméraires.

C’est pour obtenir son titre de Grand Maitre qu’Yves Barbe a décidé de revenir en compétition. « À force de rouler, tu acquiers des points qui te donnent un classement. Ça va du titre d’amateur ou débutant à Grand Maitre. Quand je me suis arrêté en 2004, j’avais atteint le niveau des Maitres. Mais après m’être occupé de mes cinq enfants et de mes huit petits-enfants, je voulais aller chercher LE titre. J’ai tellement mis d’efforts et d’énergie dans ce sport, que je voulais pouvoir dire à mes huit petits-enfants que j’avais atteint le plus haut niveau dans ma vie », confie l’ancien champion canadien.

En plus d’un nombre d’heures inimaginables passé loin des siens, M. Barbe a dû consacrer une petite fortune à sa passion, pas moins de 250 000 $. C’est que faire du Rallye coute cher, très cher. La Subaru 4 x4 qu’il conduit se détaille à près de 65 000 $. « Ce sont des voitures qui sont refaites complètement pour être ultra puissantes et surtout ultra solides et c’est pour ça qu’elles valent leur pesant d’or », explique l’ancien champion.

Les pilotes de rallye ne gagnent pas d’argent pour courser, ou si peu, même s’ils terminent sur le podium. « On fait ça pour participer à un évènement exceptionnel et compétitionner avec d’autres pilotes qui sont aussi passionnés que toi et arriver à les battre, si possible », confie M. Barbe.

Au départ, Yves Barbe devait faire seulement le rallye de Charlevoix, mais après toutes ses années loin des courses, il a décidé de se donner deux rallyes de pratiques, celui de la Baie-des-Chaleurs en Gaspésie à la fin du mois de juin et le Rallye Défi de Montpellier au début septembre.

Mais durant le rallye gaspésien, l’ancien champion canadien a senti peser sur lui le poids des années. « Je voulais tout abandonner après une journée. J’étais habitué à être dans les meilleurs, les premiers du classement. Mais dès la première spéciale, un gars me rattrape et je termine 22e. Je voulais bien croire que j’avais vieilli, mais pour moi, ça n’avait pas de bon sens. J’étais découragé. Pendant la deuxième spéciale, après dix kilomètres, deux voitures m’avaient dépassé, dont une avec deux roues motrices seulement. Heureusement que je me suis rendu compte que j’avais une crevaison et que ça me ralentissait, mais tout de même. Les jeunes pilotes sont sur la coche avec le nouveau système de notes et ça leur permet de faire de meilleurs chronos », raconte Yves Barbe.

Ce dernier avoue que la mentalité aussi est différente. « Les jeunes roulent beaucoup plus vite, à la limite de ce qui est possible. Il ne se soucie pas de rentrer dans le décor et de faire de la casse. Même si ça leur coûte une fortune en réparation », dit-il. D’ailleurs les nouveaux règlements avantagent ce type de conduite, selon M. Barbe. « On n’a pas besoin de terminer la course pour avoir des points. On peut prendre le fossé, briser la voiture, ne pas finir la spéciale et avoir quand même des points. Ça encourage les pilotes à aller plus vite », pense-t-il. « Moi, je ne peux pas me permettre de casser ma voiture et de retourner à ma retraite avec une dette que je devrai payer pendant des années encore. Il faut que je me modère », concède-t-il en ajoutant qu’avec les années, il est aussi un peu plus sage. « J’ai déjà pris des courbes à 180 km/h que je ne referais pas aussi rapidement aujourd’hui ».

Pour la petite histoire, Yves Barbe a quand même terminé 12e lors du rallye de la Baie-des-Chaleurs. Pour ce qui est du Rallye Défi de Montpellier, un bris mécanique l’a obligé à abandonner dès le début.
Malheureusement, même si Yves Barbe termine dans le peloton de tête au Rallye de Charlevoix, il devra reprendre sa licence de pilote pour une autre année pour obtenir son titre de Grand Maitre. Il aimerait bien d’ailleurs revenir au Rallye de Charlevoix en 2020, mais « tout dépendra si je réussis à avoir des commanditaires », termine-t-il.

Le système de notes des copilotes

Le copilote des voitures de rallye a pris beaucoup plus d’importance depuis l’utilisation de notes très précises pour guider le pilote. « À l’époque, c’était des rallyes à l’aveugle. Il n’y avait pas de véritables reconnaissances avant la course proprement dite. Cela m’avantageait parce que j’avais une mémoire phénoménale des trajets des spéciales. Les copilotes donnaient quelques indices sur le trajet à venir, mais pas plus », explique Yves Barbe. « Aujourd’hui, avec les notes descriptives, le copilote ce sont les yeux du pilote. On fait des reconnaissances avant sur les pistes et tout est mis sur papier », ajoute M. Barbe. Par exemple, le copilote peut dire « à gauche deux » pour signifier au pilote de prendre la courbe à gauche en deuxième vitesse.

« Cela permet aux pilotes de se concentrer sur le moment présent et d’aller vraiment vite, parce qu’il sait ce qu’il va y avoir sur la piste après une courbe ou un saut par exemple ou de pouvoir appuyer sur l’accélérateur et foncer parce pendant plusieurs kilomètres quand il y a une ligne droite », termine M. Barbe.

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