Le retour à la source selon Philémon Cimon

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Par Emelie Bernier
Le retour à la source selon Philémon Cimon

 Après avoir chanté Valencia et Granada, souhaité être cubain et cherché au diable Vauvert sa vraie nature, Philémon Cimon chante enfin la terre natale sur Pays, son dernier opus. Et Charlevoix, quelque chose comme le pays idéal,  n’est jamais très loin…

Le dernier album du jeune homme qui a passé tous les étés de sa jeunesse chez sa grand-mère  à  Saint-Joseph-de-la-Rive est à la fois celui du retour à soi et d’une maturité nouvelle. Les peines d’amour lancinantes qui hantaient les  premiers disques de l’auteur compositeur interprète ont été évacuées pour laisser la place à un propos s’approchant davantage de « l’ethnographie  poétique » façon Pierre Perrault.  « Ce qui m’a le plus inspiré, c’est Perrault. Sa démarche est un mélange d’ethnologie et de poésie très intéressant. J’aime l’idée de partir de la matière brute pour faire du neuf. Si les artistes québécois veulent faire quelque chose de réellement original, il faut qu’ils puisent dans leurs propres affaires. Ça réveille des choses insoupçonnées, uniques. Il y a une filiation qui t’amène dans l’infini, hors du temps », avance l’artiste.

La mélodie de la pièce Ma mère au Nord est d’ailleurs tirée d’un film de Pierre Perrault. Il y a déposé ses mots qui évoque les marées, L’Isle-aux-Coudres, l’enfance et les montagnes bleues, décor des errances du Menaud de Félix-Antoine Savard…  «J’ai vu et revu les films de Perrault, je me suis mis à m’intéresser à Philippe Aubert de Gaspé, aux écrits de Jacques Cartier, Félix-Antoine Savard, Laure Conan…J’ai fait un disque québécois», explique-t-il.

Philémon Cimon au Musée maritime de Charlevoix, joyau de son fief de Saint-Joseph-de-la-Rive.

Charlevoix est partout dans cet album enregistré notamment dans les chapelles de Port-au-Persil et Saint-Joseph-de-la-Rive, sur bobines, une technique minimaliste qui convenait parfaitement à la recherche de l’artiste.   L’album est imprégné du souvenir de sa grande-mère Lucille qu’on entend d’ailleurs chanter une très touchante ritournelle de sa voix fragile, comme un point d’orgue sur l’album. « Je suis partie d’enregistrements des mémoires de ma grand-mère. À force de les lire, de les entendre, je les ai intégrées, je me les suis appropriées et des choses résonnaient dans ma propre vie. A un certain moment, ce n’était plus clair lesquelles étaient ses mémoires et les miennes », explique Philémon Cimon. Né Bergeron-Langlois, il a choisi d’adopter le nom de famille de la précieuse Lucille.

Le visionnement de la Traversée d’hiver de Pierre Perrault, notamment,  a déposé des images sur les souvenances de l’aïeule, donnant l’élan créatif à l’ensemble. «J’ai tout écouté ou réécouté plusieurs fois et la direction est devenue très claire. La chanson Les pommiers est très inspirée de Pierre Perrault. Il y a des mots directement tirés de Pour la suite du monde, des choses que Grand Louis ou Alexis y disent. En fait, j’ai eu envie de faire comme lui, comme ses personnages : nommer ce qu’il y a autour de moi, nommer ce qui n’est pas nommé au Québec. On a une tendance à vouloir nommer l’ailleurs comme si ici, ce n’était pas assez intéressant.  C’est chez nous ce pays, pourquoi je me dépayse ? », questionne-t-il.

L’album Pays a été entièrement autoproduit par l’artiste.

Cette quête  traduite en chansons n’a pas convaincu la maison de disque avec laquelle il travaillait depuis quelques années, mais Philémon Cimon s’est lancé et a autoproduit l’album qui, au final,  a reçu un accueil des plus chaleureux de la part des médias. «Quand tu trouves ton propre pays, tu n’ as plus envie de t’en aller. C’est quand tu ne le trouves pas que tu es prêt à le donner pour des pinottes. Quand ils m’ont dit qu’ils ne l’aimaient pas, j’y étais tellement intimement lié, je ne voulais pas l’abandonner », confie Philémon Cimon.

Il entend poursuivre cette exploration de la veine identitaire. « Je n’ai pas le sentiment d’arriver au fond. Je sais que c’est une direction que j’ai envie de continuer à prendre, ce n’est pas forçant pour moi », conclut celui qui reviendra toujours dans Charlevoix.

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