Du cœur et des souvenirs de traverseux!

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Par Brigitte Lavoie
Du cœur et des souvenirs de traverseux!
Anie Harvey et Michel Perron au cœur de ce qui deviendra le futur Espace patrimoine canot à glace Les Traverseux. (Photo : Brigitte Lavoie)

Encore une fois, c’est beaucoup une question de cœur. Et il y en avait tout un paquet quand le couple d’insulaires Michel Perron et Claudine Pedneault a tendu la perche fatiguée de leur Musée des voitures d’eau à Anie Harvey. À cœur vaillant, rien d’impossible, dit le proverbe. Et c’est pourquoi cet été à L’Isle-aux-Coudres, vous serez chaleureusement accueilli à l’Espace patrimoine canot à glace Les Traverseux.

Anie Harvey raconte que lorsqu’elle était enfant, les grandes vacances scolaires rimaient avec goélette. Aussitôt libérées de l’école, sa sœur et elle couraient sur le quai avec leur sac d’école transformé en sac de voyage pour attendre la prochaine marée haute et sauter dans la goélette paternelle. « Si mon père ne venait pas nous chercher, c’était la crise. Ma mère en avait pour des jours à nous endurer nous plaindre. Pour nous, l’été, c’était sur le fleuve que ça se passait. »

Pour cette fille de capitaine, l’ancien Musée des voitures d’eau d’Éloi Perron revêt donc une signification particulière. « Dans le musée, tout le matériel me parle. J’entre dans ce bâtiment et je trouve que ça sent la goélette. C’est comme si je revenais à mes dix ans », confie-t-elle.

Celle que tout le monde connaît comme la mère de la course de canot à glace la Grande traversée a rencontré dans la survie de ce musée un projet robuste, à la hauteur de ses souvenirs et de son cœur d’insulaire taraudé par la « suite du monde ».

« Il y a trois ans, quand Michel Perron, le fil d’Éloi, et sa femme Claudine m’ont parlé du musée, ça a commencé à bouillir dans ma tête. Pour moi, ça n’avait pas de bon sens que ce lieu et ce patrimoine disparaissent. Je leur ai demandé de me laisser cinq ou six mois pour monter un projet. Finalement, ça m’a pris trois ans. »

Après s’être vue refuser ses premières demandes d’aides financières, Anie Harvey a tendu l’oreille aux suggestions des intervenants en tourisme et en culture et a redoublé d’ardeur.

« Être insulaire, c’est être tenace », admet-elle. Un travail ayant porté fruit avec l’entrée en scène de la Société des économusées du Québec et son idée de créer le premier Espace patrimoine dont L’Isle-aux-Coudres est le projet pilote. En plus de permettre de revaloriser les 500 artéfacts maritimes rassemblés par Éloi Perron, l’Espace patrimoine Les Traverseux donnera une vitrine bienvenue au canot à glace qui, rappelons-le, est inscrit au patrimoine immatériel du Québec.

École de canot à glace et sorties en mer, atelier d’artisan, temple de la renommée, salle de conférence, resto-boutique, petite scène et espace muséal animeront le site revampé de l’ancien Musée des voitures d’eau. L’intérieur du musée, « monté avec des pièces de goélette » récupérées par Éloi Perron, sera conservé. « Il y en a pour 1 million $. On y va par étape », précise Mme Harvey.

Pour l’ancien propriétaire du musée, Michel Perron, voir Anie à la barre est un soulagement : « Si tu enlèves le musée, il n’y a plus rien sur l’histoire des goélettes à L’Isle-aux-Coudres. Parce qu’on était un privé, on n’était pas capable d’avoir de l’aide pour le musée alors que Anie, avec l’organisme de la Grande traversée, elle peut avoir des aides financières. On est content de voir ce qui se passe. Ça prend quelqu’un qui a du cœur pour faire ce qu’elle est en train de faire. »

Alors que les grands travaux sont éminents et que s’annonce l’inauguration officielle et la saison touristique, Anie Harvey est rassurée d’avoir Michel Perron et sa femme Claudine dans son sillage. « Dans cette histoire, il y a plus que le canot. Il y a mes 50 ans de vie. Le canot à glace et la goélette, c’est deux coins de mon cœur », précise Mme Harvey, qui admet qu’elle n’aurait sans doute pas fait le saut, n’eût été son amour pour Michel et Claudine. « Moi, pour la suite de mon monde, je suis la relève d’Éloi et de son fils Michel. C’est un livre qui se poursuit. »

 

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