P’tits bonheurs du printemps

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Par Brigitte Lavoie
P’tits bonheurs du printemps

Les genoux humides, les mains dans la terre ou accrochées au râteau, chaussés de nos derniers souliers et armés d’une myriade d’idées bien intentionnées et de sacs de graines, nous sommes prêts pour le printemps, qui se passerait bien de nos services…

Le printemps, c’est la saison brave. Celle qui se lave le visage à grand coup d’eau froide. C’est la saison qui renverse la vapeur, toutes voiles dehors, pour nous sortir à la vitesse qu’elle peut de quatre mois d’hibernation. C’est à la fois une job de bras et un concert classique. Un peintre minutieux chaussé de bottes à cap et qui a vu neiger.

C’est évidemment aussi la saison au dos large, celle qu’on critique le plus, à grands émois de « trop » et de « pas assez ». Trop d’eau, trop froid, trop long. Pas assez chaud, pas assez vite, pas assez beau. Experts en printemps. Oui ça existe même si nous ne sommes jamais invités au téléjournal de Radio-Canada.

Le printemps paye toujours un peu pour l’humeur de l’hiver qui le précède. Peu importe le couvert de neige, il sera pris en faute de faire déborder ou glisser, de ne pas verdir ce qui devrait l’être, de se traîner les pieds. Pourtant, c’est à la fois être fort et malhabile, mais aussi doux et agile qu’être le printemps. Mettre l’hiver dehors tout en lui disant de revenir est une tâche diplomatique délicate. Entreprendre ensuite le grand ménage sans tout faire déborder exige une grande compétence en hydrologie doublée d’une excellente stratégie logistique…

Et que dire de rapatrier les oiseaux et de faire verdir tout ce qui devra l’être, même cette monoculture de gazon jauni tombé en dormance l’été dernier avec la sécheresse, ou ces petites feuilles vert tendre à ouvrir délicatement à la manière d’un chirurgien concentré? Il y a même des fleurs, au printemps, c’est tout dire.

Quand on y regarde de plus près, les humains ne sont pas très utiles à la saison du renouveau. On a beau s’armer de râteaux et monter des digues, qui a dit que le printemps et sa nature avaient besoin d’un coup de main, que les feuilles voulaient être ramassées et l’eau garder au lit?

Quand on y regarde de plus près, le printemps ne fait que son travail. Et là où ça se passe mal, c’est toujours ou presque parce que nous, les humains qui savent tout et qui veulent tout, nous sommes fourré le nez quelque part et dérangeons le cours des choses.

On s’exaspère que les rivières s’invitent chez les gens, mais ce sont plutôt les gens qui se sont invités dans les rivières. Près d’ici, la terre a déboulé et bouché la route. Une route construite dans le creux d’un ravin… sur le bord duquel on a coupé tous les arbres… et aménagé un immense talus en couenne… dont la nature ne semble pas savoir quoi faire malgré sa force et son ingéniosité. Exit le chemin des Loisirs!

Lors d’un récent dimanche aux Éboulements, le jardinier paresseux Larry Hodson enjoignait la soixantaine d’humains venus l‘entendre à laisser le printemps et la nature tranquille. En fait, il expliquait que jardiner ne voulait pas dire tout contrôler et s’ingérer. Il s’agit plutôt d’observer, comprendre ce que Dame nature fait très bien toute seule, y ajouter notre touche dans le respect de ce qui se passe, ou ne se passe pas. Et arrêter de tout nettoyer comme si nos cours étaient une salle de bain au lendemain d’un épisode de gastro… Une vision qui calme les ardeurs fait remiser le râteau et réfléchir à ces petits et grands gestes qu’on pose parfois au détriment du fragile équilibre des choses. Et si, pour changer, on s’exerçait à contempler et apprécier les p’tits bonheurs du vaillant printemps?

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