Être aimé pendant 100 ans

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Par Brigitte Lavoie
Être aimé pendant 100 ans
Marguerite Brassard de Clermont. (Photo : Brigitte Lavoie)

Cent ans, c’est à la fois court et long. Demandez à Mme Marguerite Brassard de Clermont. Elle vous racontera que la vie, la sienne, a été bien remplie et est passée plutôt vite, mais que l’hiver, celui qui essaie de fondre ces jours-ci, a été « long ».

Le temps est, en effet, une notion qui s’égrène à sa façon. Il se calcule en année, mais aussi en jours, en minutes et en secondes. Le temps se compte avec ce qu’on en fait, et ce qu’il nous apporte. Assise dans la cuisine de Mme Brassard, je comprends bien que les années lui ont apporté beaucoup plus que du temps et ses 100 ans.

Cette grande travaillante, mère de huit enfants, a évidemment fait le plein de souvenirs au fil des ans, mais aussi le plein d’amour. Elle en est elle-même un peu surprise. C’est que depuis le 19 mars dernier, jour de son 100e anniversaire, les visiteurs se succèdent dans la maison ancestrale de la rue des Vingt-et-Un. Un chaleureux défilé d’attention qui anime la vie tranquille de la centenaire. « Je ne pensais pas que j’étais aimée de même », a lancé Mme Brassard au moment où je remettais mes bottes après une bonne heure de jasette dans la cuisine. Évidemment, on ne se sait jamais tant aimé que lorsqu’on le reçoit.

Pour ses 100 ans, Mme Brassard a eu des fleurs et toute une bibliothèque de cartes de souhaits. Les enfants, les petits-enfants et les arrière-petits-enfants sont passés, mais aussi des neveux, des nièces, des cousins et même des voisins. Pour une dame qui aime le monde, c’est le bonheur comme on dit.

« Quand tout le monde est parti, je m’ennuie. Je sais que je suis bien. J’ai mes enfants avec moi, mais je m’ennuie pareil. Et je suis peureuse », raconte-t-elle. « C’est pas encore le génie qui me manque. J’ai juste ça à faire, penser. (…) Il y a des nuits où je ne dors pas. Je pense à tout ça. Je vire Clermont de bord. Je pense à tout mon monde, je prie pour eux. »

C’est vrai que la vieillesse, quand on y pense, c’est beaucoup de temps libre pour quelqu’un qui, comme Mme Brassard, a passé des milliers de journées à orchestrer et s’occuper d’un quotidien rempli d’enfants et de tâches domestiques et agricoles à une époque où le centre-ville de Clermont était un immense champ à faucher. « On n’avait pas le temps de se regarder les côtés, crains pas! (…) Mais j’étais contente de faire ça. J’ai jamais regretté. »

À 13 ans, orpheline de mère, Mme Brassard est partie dans la parenté donner un coup de main, allant d’une maison à l’autre au rythme des naissances et des relevailles de ses tantes. Quand elle s’est mariée, elle a fait son entrée dans la famille d’agriculteur de son mari, partageant la maisonnée avec sa belle-mère pendant 20 ans et accueillant à son tour 8 enfants en plus des autres de passages. « Je trouve que j’ai fait une bonne vie. Il y a un vendeur qui venait à la maison, à l’époque, et il disait : « Cette madame-là, elle travaille. Et elle rit encore par-dessus le marché. » Aujourd’hui, je vis au jour le jour. Je peux pas demander plus que ce que j’ai là, sauf que mes enfants soient bien. »

Dans la maison de la rue des  Vingt-et-Un à Clermont, les 100 ans d’histoire de Mme Brassard côtoient le passé des deux Alexis. Dans la famille de son mari, il y a eu au tournant des années 1830 un certain Alexis Tremblay Picoté qui, avec la Société des 21, participera aux premiers développements du Saguenay. Plus tard, sera aussi de passage dans cette maison Alexis Lapointe, le maçon qui fabriquait des fours à pain et aimait bien courir, et qui fera parler de lui jusqu’à devenir la légende Alexis le Trotteur.

En date d’aujourd’hui, Mme Brassard est bien entourée et elle connait sa chance de pouvoir se bercer dans sa cuisine. Son fils Pierre et sa fille Clémence, notamment, veillent sur elle. C’est d’autant plus réconfortant qu’elle est un « paysage humain » qu’il fait bon visiter. Bon centenaire Mme Brassard!

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Marie-Reine Dufour
Guest
Marie-Reine Dufour

Belle tante Marguerite qu’on ne peut s’empêcher d’aimer. J’ai manqué ma visite l’été dernier mais, je me promets de me reprendre cet été. Gros gros bisous
Marie-Reine à Marie-Ange

dina gagnon
Guest
dina gagnon

Bonne fête Mme Brassard je garde tellement des beaux souvenirs d’ enfance votre bonne crème qu’ on allait chercher chez vous …. C’ est un plaisir de vous voir vous êtes belle xxx La fille à Charles et Jeanne D’ Arc … Dina xx

Maurice Tremblay
Guest
Maurice Tremblay

félicitation madame vous êtes la preuve vivante que le travail ne fait pas mourir

Denise Néron
Guest
Denise Néron

Bon Anniversaire Mme Brassard, je me souviens de vous comme tous les gens de Clermont, je restais sur la rue Lapointe pas loin de chez vous et comme vous moi aussi j’essaie de me rappeler de tous les gens dans chaque rue de mon enfance , il y avait la boucherie de Mme Rochefort, le magasin général chez Emile Bergeron, Vilmond Bergeron, Henri-Paul Lapointe, la salle de quilles chez Bottine, Mme Brassard (bonbons), Mme Mercier et son dépanneur, d’autres ou on avait pas le droit d’aller, et j’en passe, que de beaux souvenirs. Je vous embrasse xoxoxo Denise Néron fille… Read more »

SOLANGE
Guest

VOUS RESTEZ SEUL DANS VOTRE MAISON MOI J,AI TRAVAILLEZ CHEZ MME LUCIEN HARVEY ELLE AVIAIT 85 ANS JE COUCHAIS LA ET CHEZ MMD RITA BOIE SA MA FAIT TELLEMENT DE PEINE QUAND JE SUIS PLUS ALLEZ JE VOUS ADMIRE BEAUCOUP ET VOUS ETRE BELLE SOLANGE GIRARD

France Fillion
Guest
France Fillion

Bonjour chère belle dame , je ne vous connais pas mais vous m inspirez tellement , vous êtes tellement belle , je voulais vous féliciter et je vous souhaite la santé et beaucoup d amour de toute votre belle famille France Fillion