Le sac à dos de Rose

Photo de Émélie Bernier
Par Émélie Bernier
Le sac à dos de Rose
Rose Ariane, Louis, Mathias et Étienne regardent vers l'avant.

Mercredi matin,  ils avaient une maison. Mercredi soir,  ils n’en avaient plus. Il ne reste rien de leur nid si patiemment rénové, restauré, bichonné.  Qu’un tas de cendres percé ici et là d’un morceau de tôle tordue, d’une poutre calcinée, d’un bout d’étoffe au violet piqué de gris charbon… Le sac à dos de Rose. Ce qu’il en reste, plutôt. Rien qu’un résilient petit bout de tissu.

Mais Rose, elle, est bien vivante. Et Mathias, et Étienne, ses grands frères, sont vivants eux aussi. Et Ariane et Louis. Ébranlés, mais vivants.

Dali, la chienne, a suivi les enfants dans leur cavale loin du brasier. Le chat, on ne sait pas. Il était peut-être arrivé au bout de ses 9 vies…

Rose, Mathias et Etienne Brisson se souviendront longtemps de ce mercredi-là, juste après l’école. Etienne a appelé les pompiers «Ma maison est en feu », leur a-t-il lancé avant de ne prendre ni ses clics ni ses clacs, mais sa petite sœur, son frère et son chien. L’essentiel. Et une raquette de ping pong. Pourquoi une raquette de ping pong? Le mystère de l’urgence.

Pour faire une longue histoire courte, la famille repart de zéro. Il y aura une nouvelle maison qui poussera avant longtemps sur les cendres, près du jardin qui dort sous la gelée et n’a rien vu aller. Il y aura un après confortable après le chaos et le « ground zero ».

Une heure à la fois, les Brisson-Roberge se referont un cocon. Il sera comme eux : chaleureux, généreux, accueillant. Ça ne change rien à l’histoire, mais c’est d’une merveilleuse famille dont on parle. Les amis, la famille sont solidaires. Les sacs de linge déboulent comme par magie dans le sous-sol chez Charles et Johanne les grands parents, où ils se sont réfugiés. Camille, une collègue étudiante d’Ariane  (elle termine sa formation en Techniques d’éducation spécialisée dans quelques semaines) a offert une guitare à Etienne. Un drum a fait son apparition dans la chambre des garçons. Une gentille dame a téléphoné pour offrir un piano à Rose. La musique ne fait pas qu’adoucir les mœurs, elle défoule et console et fait ressortir le meilleur de nous.

Touchée par leur histoire, la gentille proprio du Royaume de l’enfance leur a ouvert ses portes. Rose ne va jamais loin sans la belle poupée que leur nouvelle amie Véronique lui a donnée. Sa poupée. Véronique a mis des boîtes pour les dons en argent ici et là dans la ville…

Et si on les aidait?

Ariane et Louis étaient plus ou moins chauds à l’idée, mais plein de gens ont dit vouloir leur donner un petit coup de pouce. Des connus, oui, mais plein de gens qu’ils ne connaissent ni d’Eve ni d’Adam.

Quand on perd tout, il faut apprendre à recevoir. Pour eux, plutôt habitués de frayer du bord des généreux, l’apprentissage est colossal et les laisse souvent pantois.

Difficile de mesurer l’ampleur de tout ce qu’ils ont perdu. Ariane faisait son pain, son fromage, son kombucha, son yogourt, ses linges à vaisselle tout en étudiant (bye bye, les livres et les notes de cours!) ! Louis dessinait, jouait de la guitare, faisait du vitrail. La maison en était pleine. Il avait construit à peu près tout ce qu’on trouvait de meubles dans la maison de ses propres mains. Avec le bois bûché, plané, séché par le grand-père à partir de beaux grands arbres de sa terre…

Il n’y a plus rien de tout cela, mais il y a la vie qui continue. Une maison poussera sur les cendres, le jardin refleurira. Il y aura un vrai printemps pour les Brisson-Roberge.  Ça sentira bon le pain fais sorti du four et la musique reprendra ses droits dans ce petit creux verdoyant de Port-au-Persil où ils se referont une vie. Une belle vie.

Ça aurait pu être tellement pire. Je ne vous remercierai jamais assez, les enfants-ados, d’avoir pris vos jambes à votre cou et d’avoir couru loin du danger.  Grâce à cette décision-là,  l’essentiel a survécu à l’apocalypse matérielle.

Ce qui reste de leur vie d’avant : le linge qu’ils avaient sur le dos, une brassée de manteaux et un ordi sauvés par les pompiers. Ils auraient sûrement voulu faire davantage, mais le feu est un adversaire sans merci. Il dévore tout : les souvenirs, les photos, les vitraux, le piano, la guitare, la batterie, les matelas, les vêtements, les livres, les cartes Magic,  les partitions, les jeux de société, le métier à tisser, la machine à coudre, les congélos, les casques de vélos, les planches à neige, le cellier…Le cellier où le papa sommelier gardait  précieusement des bouteilles pour les 18 ans de chacun de ses enfants…

Il n’y a plus de bouteille, mais un jour, les enfants auront 18 ans. Va te faire voir, le feu! T’as perdu et c’est eux qui ont gagné.

Je vous aime, les amis. Pour supporter les Brisson Roberge dans leur patience reconstruction au propre comme au figuré, vous pouvez contribuer à la campagne  http://haricot.ca/project/famillebrisson-roberge.

 

 

 

 

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