Ann-Catherine s’en va au bal

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Par Émélie Bernier

Le 21 juin, Ann Catherine enfilera sa belle robe au corsage perlé.  Maquillée et coiffée avec soin, une jolie manucure aux doigts, gracieuseté de sa maman Monia, elle franchira avec fébrilité les portes du Manoir Richelieu. Auprès d’elle, ses parents, Maurice Lavoie et Monia Dufour, mais aussi Gilles Simard, son prof, qui l’aura accompagnée tout au long de ses études au centre éducatif Saint-Aubin. Ce bal des finissants sera le point d’orgue de ses études secondaires.  Un grand moment qu’Ann-Catherine appréhende avec un mélange d’émotions.

«Je me sens super fière, mais ça va me faire beaucoup de peine. Je vais m’ennuyer de mes amis.  J’aime beaucoup mes profs :  Gilles Simard, Robin Gauthier, Benoît Bradet, Sonia Fortin, Eliane Simard,  Jean Tremblay… Je pense que je vais revenir les voir », dit doucement Catherine, ses yeux verts tout doux laissant entrevoir une certaine nostalgie.

Ann-Catherine a reçu une panoplie de méritas et de récompenses durant ses études au Centre éducatif Saint-Aubin.

Ann-Catherine a 21 ans et vit depuis toujours avec un trouble du spectre de l’autisme. Un TSA, dans le jargon. Au quotidien, ce TSA fait d’elle une personne qui est bien dans sa bulle. Si aujourd’hui, sa vie a trouvé un bel équilibre, c’est grâce à des années d’efforts et à un support constant de ses parents.

Un petit chose de différent

Ann-Catherine est le premier, et le seul, enfant de Maurice et Monia. « Comme on n’avait pas d’autres enfants, on ne pouvait pas savoir qu’il y avait quelque chose de particulier chez elle. C’est au jardin d’enfants que Diane Amyot nous a fait remarqué qu’elle n’interagissait pas beaucoup avec les autres enfants… », explique Monia. Rapidement, et parce qu’ils n’arrivaient pas à obtenir de réponses à leurs questions dans le réseau public,  ils ont consulté une orthoponiste, au privé. Avec elle, Ann-Catherine a fait de grands pas, mais les parents ont voulu aller voir plus loin, mettre toutes les chances du bord de leur petite fille. Ils ne savaient pas dans quelle galère ils s’embarquaient. Comme personne n’arrivait à établir un diagnostic clair pour Ann-Catherine, le système a joué au ping-pong avec eux. Les laissant étourdis. Fatigués.

Ann-Catherine, entourée de ses parents Maurice et Monia.

« Il y a 21 ans, il n’y avait de dépistage précoce comme aujourd’hui. Il n’y avait rien! Ann-Catherine a en quelque sorte été une pionnière dans la région. Elle a ouvert la voie », se rappelle Monia.

Pendant quelques années, pénibles, Ann-Catherine était affublée d’un code 99. Quelque chose comme « on ne sait pas trop quoi faire avec elle ».

« Le primaire a été vraiment difficile… et ce n’est pas parce qu’il y avait de la mauvaise volonté! C’est juste que les profs n’étaient pas formés pour l’épauler», raconte Maurice. Certains profs y parvenaient mieux que d’autre.

Un jour, Béatrice Guay, du défunt CSSS, s’est présentée chez Maurice et Monia. « Elle venait pour nous aider, mais moi, j’étais fâché parce que le système nous avait déçu. Je ne voulais pas accepter. On faisait notre vie, on avait un peu choisi de vivre dans notre bulle pour protéger notre fille. Mais Béatrice a insisté. Elle a eu une bonne approche, on a senti qu’elle était là pour nous aider, enfin», se rappelle Maurice.

À partir de ce moment et jusqu’à aujourd’hui, Ann-Catherine a pu bénéficier des services d’une éducatrice spécialisée. La commission scolaire a aussi mis des ressources à sa disposition, facilitant son intégration et son parcours.

La fin d’un chapitre, le début d’un autre

À 21 ans, Ann-Catherine doit maintenant sortir du système scolaire. Son prof, Gilles Simard, a confiance en sa protégée. « C’est tout un parcours que celui d’Ann-Catherine! Elle a fait des pas de géant. Elle a pris de l’autonomie, de la confiance en elle. Elle a surtout été capable de faire les choses correctement, à son rythme», dit-il. Il sait que le bal, où il l’accompagnera, sera un moment émotif pour lui aussi. «Je la suis depuis 10 ans. Ça me fait beaucoup de peine de la voir partir. Je lui souhaite tout le meilleur dans tout ce qu’elle va entreprendre et j’ai absolument confiance en elle», glisse-t-il.

Ann-Catherine complètera bientôt son stage à la Résidence des Bâtisseurs. Elle aimerait y trouver un emploi, ce qui ferait bien plaisir aux religieuses qui y habitent et qui la trouvent très vaillante.

Ann-Catherine est prête. Depuis quelques années, elle a découvert une panoplie de milieux de travail potentiels.  «J’ai fait des stages à la bibliothèque de l’école et à la bibliothèque de la Ville, à la  CireConstance», dit Catherine. Elle travaille dans la salle à manger où elle côtoie les Petites Franciscaines de Marie au quotidien. Ann-Catherine aimerait bien y être embauchée après son stage. «Je fais 3 jours par semaine depuis un an. J’aime beaucoup essuyer les ustensiles. Je fais des grosses journées.  Les gens m’aiment beaucoup et il y a une belle ambiance de travail », résume-t-elle, le regard pétillant.

Un message du cœur

Au fil des ans, Maurice Lavoie s’est beaucoup impliqué dans la « cause » des enfants aux besoins particuliers en recueillant des milliers de dollars pour le Fonds DI-TSA avec des randonnées à moto, des Quillothons.  Plus discrète, Monia n’avait pas trop envie de raconter sa vie dans le journal. Le trio a consenti à vous raconter leur histoire pour transmettre un message d’espoir, en ce Mois de l’Autisme. «Quand les parents réalisent que quelque chose cloche avec leur enfant, certains vont hésiter à consulter parce qu’ils ont peur du diagnostic. Oui, ça fait peur, tu dois cheminer là-dedans, il y a des étapes, le déni, les nuits blanches, la tristesse, l’inquiétude,  puis l’acceptation. On se fait beaucoup d’idées, mais selon notre expérience, c’est pire de ne pas savoir », confie Monia. Aujourd’hui, les services permettent d’agir rapidement. «Quand tu as un diagnostic, tu peux agir, mettre tout en place pour que l’enfant ait une belle vie,  heureuse, comblée », dit Monia. C’est son cœur qui parle. Assis autour de la table, Maurice et Monia regardent Ann-Catherine avec une immense fierté. Chaque cahot, chaque cul de sac, chaque détour sur le chemin parcouru aura valu la peine. Leur fille est heureuse, elle a des projets, une vie bien remplie.

Et dans quelques mois, elle jouera les princesses à son bal de finissants.

 

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