« Dérivé du radical germanique »

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Par Émélie Bernier
« Dérivé du radical germanique »
(Photo : Internet)

En chinois, on les appelle les « haters ». Ils sèment la haine à tout vent et la mort bien trop souvent. Pour eux, elle n’est qu’un jeu où s’affrontent leurs visions du bien et du mal. Un jeu qui aurait pris les teintes vives du réel, le rouge sang éclatant d’abord.

Que nous apprend notre érudit ami Wikipédia sur le mot haine?
Haine : Déverbal de haïr avec le suffixe -ine ou du latin populaire *hatina (« haine »), dérivé du radical germanique hat (de *hatjan qui donne haïr) avec le suffixe -ina. (Source: Wikipédia)

Dérivé du radical germanique. Une petite moustache rectangulaire plantée dans un visage sévère me vient en tête.

Il n’était pas le premier de sa race d’infâmes, mais il a clairement marqué les esprits fragiles en quête de pouvoir et d’absolu. C’est presque trop laid pour être vrai.

Encore aujourd’hui, les suprémacistes blancs s’abreuvent à Mein Kampf. Ce livre est leur bible, la haine leur motto et le web leur outil de propagande et de recrutement. Ils ont la croix gammée tatouée sur leur cœur. Si on peut appeler ce qui palpite dans leur poitrine un cœur.

L’insupportable documentaire de CBC Documenting Hate (bit.ly/2uaWY1z) se penche en plusieurs épisodes sur les groupes néo-nazis des États-Unis, mais les experts insistent sur le fait que le bon voisin, l’impeccable Canada, est un terreau fertile pour les «hate groups». «Il y a un minimum de 130 groupes d’extrême-droite actifs à travers le Canada, une augmentation de 30% par rapport à 2015 », indique la doctorante Barbara Perry, une experte des crimes haineux. Car oui, les crimes haineux sont devenus un tel phénomène de société qu’ils ont leurs experts. 130 groupes comme Atalante, la Meute ou les Soldats d’Odin sévissent dans les sous-sols et les coins même pas si sombres d’Internet. Ils ont des pages Facebook, des sites web, des tribunes non officielles sur les forums des médias nationaux.

Terrifiant. La haine est partout et carbure aux drames comme ceux de Christchurch, Nouvelle Zélande, qui s’est ajoutée à la très très longue liste des villes meurtries.

La haine peut être dirigée contre la communauté musulmane, mais aussi contre les Juifs, les Autochtones, les Femmes avec un grand f et toutes les lettres de l’alphabet LGBTQQIP2SAA.
Contre tout ce qui n’est pas un homme blanc avec un zizi hétéro, finalement.

Je hais les haineux. Est-ce ça fait de moi une « hater »? Suis-je dans le même bain de boue corrosive que ces êtres abjects qui fomentent les tueries, fantasmées ou réelles? Non, bien sûr, mais j’avoue qu’après avoir visionné la parodie de Bohemian Rhapsody, la succulente et truculente Opinion Rhapsody (bit.ly/2G06b5A), j’ai eu un bien innocent élan de terrorisme intérieur. Je me suis dit « mettons tous les haineux dans une arène et laissons-les s’entredéchirer». À grands coups de mots-clics, de diatribe acrimonieuse, de grossiers raccourcis et de peur de l’Autre. À grandes lampées de bêtise.

Mais attention, tous les opiniâtres ne sont pas fondamentalement haineux. Leur opinion est un radeau rabouté dans un océan d’inconnu qui les dépasse et les effraie. Dans cette mer agitée, elle est une bouée qu’ils brandissent par crainte de se faire avaler. L’anonymat du grand méchant ouèbe est cette mer effrayante où ils ont peur de s’effacer. Et les radicaux savent où les trouver, car ces naufragés du web ont la malheureuse tendance à s’accrocher à la plus tordue des perches tendues. Ce sont eux que les haineux recrutent en postant leurs horrifiques méfaits en direct sur Facebook. Le tueur de Christchurch avait une arme toute aussi puissante que ses fusils : une caméra Go Pro. Aux quatre coins du monde, on a pu suivre sur l’écran (avant que la « plogue » soit tirée), son crime contre cette portion d’humanité qui vivait sa foi tranquille dans ces mosquées. Un immonde jeu vidéo où ces hommes, femmes, enfants réunis dans la paix de leur piété ont fait l’objet d’un bien trop réel carnage.

Le hic, c’est l’effet de contagion. Même les journalistes tombent dans le panneau de ce tueur hi tech qui les embobine et dépose ses mots dans leurs articles. Ils sont légion, les pauvres scribes manipulés, à publier des extraits du manifeste de 74 pages que Trenton leur offre en pâture. Il ne faut pas mordre à cet appât.

Car la haine se nourrit de la haine. Il faut affamer la bête. Et vite. Mais comment?

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