Livre de croissance personnelle 101

Photo de Brigitte Lavoie
Par Brigitte Lavoie
Livre de croissance personnelle 101
(Photo : Pixabay)

Les livres de croissance personnelle m’horripilent. Dans un geste ultimement imaginaire, je pourrais donner un grand coup de pied d’exaspération dans la bibliothèque des bouquins censés apprendre à mieux vivre. Surtout que le modèle est prévisible. On en écrit un ensemble?

Deux cent soixante-dix-huit

C’est environ le nombre de pages qu’il faudra pondre puisque c’est souvent le format de ces ouvrages. C’est la longueur parfaite pour ne pas rebuter le lecteur tout en lui exposant notre réflexion. Telle une lumière au bout du tunnel, ce nombre de pages suffira à faire de nos lecteurs des êtres humains heureux et épanouis ou, à l’inverse, amers et découragés devant l’ampleur de la tâche… Parce qu’évidemment, le coup de foudre entre notre réalité subjuguée et celle du lecteur ne sera pas inclus dans le prix d’achat de notre futur livre de croissance personnelle.

Le cheminement

Tout bon (ou mauvais) livre de croissance personnelle a une structure établie qui permet au lecteur en quête de la vie parfaite de cheminer jusqu’à l’atteinte des objectifs vantés par la quatrième de couverture. Évidemment, nous serons des auteurs d’une grande habileté dans l’art de prendre les gens par la main sans en avoir l’air. Nous tenterons de ne pas avoir la transmission de la sagesse malhabile suintant les bonnes intentions.

Au final, notre livre ressemblera à une recette : il y aura la liste d’ingrédients pour réussir sa vie et la méthode de préparation. Par contre, il est fort probable que la majorité de nos lecteurs, qui ne seront pas de taille à s’attaquer à un tel défi, soient déçus de ne pas atteindre le résultat promis.

La recherche du bonheur

Nous y voilà. Inévitable dans un livre censé rendre les gens heureux, et qui va leur faire comprendre qu’ils ne le sont pas. Et tous les synonymes faisant partie d’un vocabulaire richement étalé de la quête suprême du bien-être personnel y passeront.

Traduction et qualité de la langue

Pour nous venger des traductions de best-sellers anglophones catastrophiques, nous bâclerons l’avenir de notre propre ouvrage en optant pour la traduction disponible en ligne sur Internet. Quant à la qualité de la langue, nous devrons choisir entre deux extrêmes : soit écrire un ouvrage sérieux faisant la démonstration de schémas et de stratégies dûment débattues par des experts en psychologie qui endormiront le lecteur moyen, soit écrire en s’autocitant dans une langue parlée facile et cool. Ventes palmarès assurées avec la seconde option.

Conflit de personnalités

Évidemment, il y a autant de livres de croissance personnelle qu’il y a de personnalités. À l’ère du marketing, nous devrons donc choisir les couleurs, le format et la typographie, tout comme le visuel de notre page couverture, en fonction de plaire à un certain type de lecteurs et de personnalités. Mais évidemment, notre idée au bout du compte n’est pas seulement de rendre les gens heureux, mais surtout de leur vendre des livres!

Culpabilité en prime

Enfin, ce qui est primordial dans la rédaction de notre futur livre pour l’atteinte d’une vie heureuse et réussie, ce sera ses effets collatéraux à savoir la culpabilité générée chez le lecteur. Compte tenu de la très grande assurance dont nous ferons preuve dans notre propos, de sa pertinence et des preuves que nous donnerons sur notre propre niveau de bonheur ultra élevé, notre ouvrage aura de la crédibilité et le don de décourager. Il mettra la barre à un niveau obligeant les lecteurs à se prendre un élan plein de bonnes intentions pour mettre en pratique notre modèle de vie. Évidemment, ils n’y arriveront pas et se sentiront coupables de tout un tas de choses dont de ne pas être à la hauteur.

Et là, ce qui sera formidable, c’est qu’ils achèteront notre prochain livre intitulé « Comment en finir avec la culpabilité : l’art d’être soi-même et de croire en soi ».

Partager cet article

Laissez un commentaire

avatar
  S'inscrire  
Me notifier des