Pour en finir avec le « à Charlevoix »

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Par Émélie Bernier
Pour en finir avec le « à Charlevoix »
Quelque soit le moyen de transport, on ne va pas À Charlevoix, mais bien dans Charlevoix.

Chaque fois que je lis les mots « à » et « Charlevoix » côte à côte, je tique et je toc. Cette association frauduleuse m’horripile. On va en Gaspésie, au Saguenay et DANS Charlevoix, capiche?

« Un hiver au parc à Charlevoix », ai-je lu récemment dans Le Devoir. Le Devoir, diantre! S’il est un média que je respecte et devant lequel je m’incline, même, c’est bien Le Devoir. Dans cette dictature du bref, Le Devoir fait dans la substance, les articles de fond-marathon, l’audace des 1000 lignes et plus. Ailleurs, c’est plutôt l’os sans la chair sous prétexte peut-être que dans l’os se trouve la substantifique moelle que la chair ne fait qu’alourdir…  Mais alors que dire de ces gazettes, virtuelles ou pas, mais résolument insipides qui ne proposent ni os ni chair, mais que du croquant plein de calories vides? Que voilà une offre parfaitement adaptée à notre capacité de concentration en perdition… Haro au sac de chips!

Et parlant de déficit d’attention, on dirait que je m’égare.

Revenons-en à… Charlevoix.

Charlevoix est une région. Ceux qui comme moi l’arpentent de long en large de façon régulière savent très bien qu’on ne peut pas aller À Charlevoix, mais qu’on va DANS Charlevoix. Pour en faire le tour, on n’a même pas assez d’un plein d’essence!

Une entité, un monde, une région qui, si elle n’est pas officiellement «ressource», est une région quand même au même titre étymologique que la Gaspésie, l’Abitibi, la Côte Nord. Qui va à la Gaspésie? À l’Abitibi? La question ne se pose même pas!

On peut aussi dire que nous allons EN Charlevoix, ce qui m’apparaît un brin pompeux mais 100 fois plus juste que le détestable À Charlevoix.  Disons qu’avec son très bourge EN,  le Centre d’études collégiales EN Charlevoix se donne des petits airs de collège privé…(ce qu’il est presque, au demeurant, avec ses quelque 200 étudiants! Fin de l’aparté.)

Parlant d’étudiants, je pardonne la faute aux milléniaux qui vivent le nez dans leur cellulaire et puisent leur infinie culture à la source de Snapchat et IG (Instagram, les vieux!). Le tout jeune Festi-Bière, par exemple, se tenait en toutes lettres À Charlevoix… Pardonnez-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font. Ils rêvent d’aller à San Francisco, à Paris ou à Ibiza comme ils rêvent d’aller à Charlevoix. « Selfie! »

Mais dans Le Devoir? À Charlevoix? Vraiment? Le réviseur dormait au gaz ce jour-là… (Grand merci, ce fut corrigé depuis!)

On va à Québec, à Montréal, à Shawinigan ou à La Malbaie. On ne va pas à la Beauce ou à Saguenay… (Hum, mauvais exemple, puisque oui, désormais, on va à Saguenay, la ville qui a fusionné contre toute attente Jonquière et Chicoutimi, les sœurs ennemies. Reste qu’on va au Saguenay, quand on parle de la région!)

C’est un détail, une micro coquille, une broutille diront certains, mais cette bricole me titille le nerf optique et m’irrite la fibre charlevoisienne.

Pour m’assurer que je ne m’emporte pas systématiquement pour rien, j’ai accosté à la bibliothèque une éminence en la matière, l’historien Serge Gauthier. Selon lui, cet écart linguistique est peut-être simplement un emprunt malhabile à la langue de Shakespeare et à ce fameux « at ». « We’re going at Charlevoix, my dear »!

Bon, encore la faute aux Anglais…

 

 

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Mario Savard
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Mario Savard

Délicieux!!!

Anonyme
Guest
Anonyme

Il faudrait corriger la faute qui apparaît dans l’article. Lorsqu’il est écrit, en début d’article, que nous allons dans Charlevoix pour en « fait » le tour…
Il faudrait écrire « faire »…en faire le tour!

Emelie Bernier
Editor

Merci c’est fait!

Matthieu Lajoie
Guest
Matthieu Lajoie

L’Office québécois de la langue française a publié un article sur la question en avril 2018! Que le reste du Québec le consulte maintenant!
https://bit.ly/2GRzG8k

Pierre Gauthier
Guest
Pierre Gauthier

Et moi à chaque fois que lis des commentaires sur les vieux ou qu’on utilise cette expression tellement péjorative, je tique mademoiselle. Comme vieux, je suis probablement plus branché que la plupart d’entre vous tous-tes. SVP changez votre discours et moi, je me promets d’aller dans Charlevoix pour aller visiter cette belle région. À bon entendeur, mes salutations.

Pierre Gauthier
Guest
Pierre Gauthier

Qu’en pensez-vous?

Emelie Bernier
Editor

L’âgisme est vraiment déplorable …

Johanne Bouchard
Guest
Johanne Bouchard

Très bon article. Bravo, Mme Bernier Je suis native de Charlevoix, je demeure à Québec et quand je retourne chez nous, je vais ‘dans’Charlevoix.

Anonyme
Guest
Anonyme

Voir ce genre de propos me titille légèrement & plus particulièrement lorsque cela provient d’un journal. Je peux comprendre que le terme « à Charlevoix » pour certaines personnes peut être « horripilant », cependant est-ce vraiment une bonne raison pour faire un article et dans celui-ci attaquer un journal qui parle de notre belle région ? J’en suis certaine que leur intention n’était aucunement négative, au contraire, soyons heureux qu’il parle de nous ! Ensuite, toujours une bonne raison pour attaquer les milleniaux. Nous, si peu cultiver et extrêmement stéréotypé, grands alcooliques qui ne pensent qu’à eux-mêmes et hypnotisés par la technologie. Bien… Read more »

Julie Robidoux
Guest
Julie Robidoux

De la musique à mes oreilles !

Louis Vignola
Guest
Louis Vignola

Je tique aussi. Par contre Saguenay (la ville) inclut aussi La Baie, en plus de Jonquière et Chicoutimi!

André Litzelmann
Guest
André Litzelmann

Excellente synthèse, bel article.

Cynthia Lavoie
Guest
Cynthia Lavoie

Merci! Enfin….

Normand Huard
Guest
Normand Huard

Bravo, cela me fait tiquer depuis longtemps. 🙏

f tremblay
Guest
f tremblay

Il y a bien des fautes de français qui irritent les oreilles. Venant de Saint-Siméon DANS Charlevoix, ce qui m’agace le plus concerne le fameux Port-au-Persil. Ce n’est pas vraiment une faute de français mais plutôt une erreur de toponymie. Bien des gens et bien des médias (ceux de Charlevoix inclus) parlent du petit village de Port-au-Persil et de sa pittoresque chapelle . Et bien non, Port-au-Persil n’est pas un petit village près de Saint-Siméon. Port-au-Persil n’a pas de maire attitré, Port-au-Presil est un hameau de St-Siméon. Il fait partie intégrante de Saint-Siméon. Voilà!

Françoise Tremblay
Guest
Françoise Tremblay

Merci!, Merci!, Merci! 🙏🏻

Bertrand Dion
Guest
Bertrand Dion

Merci Émilie d’aborder cette faute omniprésente. On le rapporte depuis des années, mais ça semble persister. À chaque fois qu’on la lit ou l’entend, on réagit par téléphone, par courriel ou de vive voix à toute personne fautive. Ironiquement, on utilise les mêmes exemples que toi pour démontrer l’erreur. Et pour l’exemple anglais de M. Gauthier, je crois que même eux font cette erreur, because we should go TO Charlevoix and not AT Charlevoix. It’s a region, not a town, my dear!
Merci

Bruno Gobeil
Guest
Bruno Gobeil

Enfin quelqu’un qui ose le dire. Bravo madame. Il y a longtemps que cette diable d’expression me dérange aussi. C’est comme la forme interrogative que l’on utilise pour former une phrase affirmative. Un exemple : On va lui demander qu’est ce qu’il veut… au lieu de dire : on va lui demander CE qu’il veut. Mais yousqu’on s’en va? À Charlevoix peut être. @&$#(‘+-%;:(

Stefannie Trudeau
Guest
Stefannie Trudeau

Un orgasme pour mes yeux!!!
Pouvez-vous le publier à l’échelle national? J’essaie d’éduquer tout ceux que j’entend prononcer cette atrocité depuis des dizaines d’années…

Mario
Guest
Mario

Tout comme ceux et celles qui disent q’une personne n’a pas répond, sans le du…
première fois que je voit cette expression anglophone utilisant le ‘at’ pourtant je suis bilingue.

Grant Hamilton
Guest

Je crois que la question trahit un manque de connaissances géographiques. Beaucoup de Québécois ne savent pas que Charlevoix n’est pas une ville, mais bien une région. Pour ce qui est de « en Charlevoix », « en » est normalement réservé aux pays et aux régions dont le nom est féminin.