Débranche et lis

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Par Émélie Bernier
Débranche et lis

Combien de fois ai-je dit à mes enfants de fermer l’écran maudit et de faire autre chose de leur temps? Des centaines, des milliers… Avant d’arrêter de compter, j’ai sacré, prié, imploré, menacé, pleuré même! Tout juste si je n’ai pas allumé des lampions pour conjurer l’envoûtement dont je commençais à penser ma progéniture victime… Mes incantations n’ont rien changé et mes innombrables pétages de plomb ont bien évidemment fini par émousser le message. Tsé, tant que le wi-fi reste branché…

Quand fiston était au primaire, je dois dire à sa défense qu’il lisait aussi beaucoup, mais presqu’exclusivement des BD. Je craignais un peu que son cerveau ne devienne paresseux et je l’imaginais passer à côté du merveilleux monde de la littérature, ces aventures signées Verne ou Tolkien qui avaient tant nourri mon imaginaire et mon vocabulaire.

Un épisode du téléroman La Galère, durant lequel une des mères décidait de donner 200$ (!!!) par livre lu à son ado nonchalant m’avait alors inspiré. Parce que les moyens de la réalité ne sont pas ceux de la fiction, j’ai bien sûr adapté l’idée et offert 2$ par bouquin consommé à ma descendance accro aux phylactères. Évidemment, question de ne pas me faire embobiner, je posais quelques questions sur le bouquin en question quand fiston venait réclamer son dû. Pour rendre encore plus attrayante la carotte au bout du bâton, j’avais ajouté une contrepartie alléchante. « Si tu lis une heure, tu auras le droit à une heure d’écran sans soulever la colère divine de ta mère». Bingo! C’étaient les petits « kicks » qu’il fallait.

Le combat contre les écrans en est un que j’ai perdu, mais au moins mes enfants lisent. Beaucoup. Et bien.

Mais qu’en est-il de Bibi?

Lis-je suffisamment? Sans l’ombre d’un doute, mais avec un soupçon de honte, je réponds non.

Soyons honnêtes. Quand vient ce moment béni où je m’échoue enfin au fond de mon lit, mon bras se tend bien plus souvent vers la tablette farcie de séries pré-mâchées que vers la pile de romans qui accumule la poussière sur ma table de chevet.

Quelque chose à voir avec le repos du cerveau, avec une certaine indulgence aussi. Je me donne le droit de puncher, de devenir un légume apathique, de me soumettre sans la moindre résistance à la loi du moindre effort.

« J’ai l’doua », comme dirait l’autre.

Nous avons le droit, mais… (faut bien qu’il y ait un mais, sinon la chronique s’arrêterait drette là)

Si vous avez le droit vous aussi de faire la crêpe les yeux rivés sur votre petit, moyen ou grand écran quand votre dure journée de labeur tire enfin à sa fin, il est quand même possible et souhaitable d’intégrer la lecture à votre vie à d’autres moments.

Charles Chu, journaliste pour le site web Quartz, a démontré avec éloquence, preuve mathématique à l’appui, que nous pouvons lire jusqu’à 200 livres par an si nous décrochons ne serait-ce que partiellement de la télé ou des réseaux sociaux.

Son calcul est simple. L’Américain moyen lit entre 200 et 400 mots par minute. Un livre « moyen » a environ 50 000 mots. Lire 200 livres équivaut donc à lire 10 millions de mots, 10 millions que l’on divise par 400 mots par minute pour un total de donc 25 000 minutes soit 417 heures.

Considérant que ce même Américain moyen consacre en moyenne annuellement 705 heures de son temps aux médias sociaux et 2737,5 heures à la télévision, on devrait facilement pouvoir dégager 417 pour nourrir notre cerveau en feuilletant tout ce que les bibliothèques ont à nous offrir! Chu s’est prêté à l’exercice et celui-ci fut salutaire. « Les livres m’ont donné le courage de voyager. Les livres m’ont convaincu de quitter mon travail. Les livres m’ont donné des modèles, des héros et un sens dans un monde où je n’en ai pas.»

Tentant?

 

« La lecture peut sérieusement endommager votre ignorance », comme dit l’adage.

 

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