Retour à la réalité

Photo de Brigitte Lavoie
Par Brigitte Lavoie

Il n’y a plus de restants de dinde, le sapin supplie de le mettre en feu, l’autobus se pointe devant la maison alors que les enfants mangent encore leur toast et la boîte de courriel clignote comme une guirlande DEL. C’est le moment de reprendre le quotidien par les cornes.

Du coup, la poudreuse fraîche et le chocolat chaud restent en plan au mont Grand-Fonds où le préposé à la remontée mécanique a désormais le temps d’entrer se réchauffer entre deux skieurs. Désormais aussi, les patinoires ne brillent pour personne, les traîneaux et les raquettes prennent le givre alors que les motoneiges dorment au garage. Si les objets pouvaient parler, ils nous trouveraient sans doute plutôt rabat-joie. « On commençait juste à bien s’amuser », diraient-ils.
Les tablettes dépeuplées, mon frigo a les blues, et moi aussi. Je n’aime pas les lendemains de bonheur. Il y a quelque chose de mélancolique dans les grands plats de victuailles lavés et rangés. Je sais bien qu’il faut revenir à des virées à l’épicerie civilisées avec brocoli et yogourt, mais je prendrais bien encore, s’il en reste, une tranche de pain sandwich et un petit verre de blanc en plein lundi midi. Avec une belle-sœur en prime, svp!
Je suis une groupie de la routine qui prend le bord, des enfants qui font la grasse matinée et des sorties de ski en plein cœur de semaine. J’aime quand plus rien ne ressemble à rien, que jaser avec ses oncles et ses tantes devient un sport national et qu’on se rappelle de la date du calendrier plutôt que du jour de la semaine où on est rendu.
Alors quand Madame la réalité se pointe début janvier, vive le déni. Ignorons-la, peut-être qu’elle va s’en aller? Mais en sa qualité de grande rabat-joie, elle insiste. Alors le minimum s’invite. Un petit coup de balayeuse ici, un petit retour de courriel là. Mais rien de trop important, on achète la paix, tout au plus. Et quand plus rien n’y fait et que le cadran finit par sonner à 6h45, la stratégie de survie est de se rouler dans son lit en chignant, mais silencieusement pour ne pas que les enfants entendent et ainsi préserver notre crédibilité d’adulte raisonnable. Ce petit rituel permet de rassembler juste assez de courage pour chausser vos nouveaux bas-pantoufles reçus à Noël et ainsi armé, tirer tout le monde du lit telle une grue Caterpillar en répétant ce petit proverbe insipide et sans vergogne : « Toute bonne chose a une fin. Allez hop les amis! Y a école aujourd’hui ».
Quand vous lirez cette chronique, ça fera déjà quelques jours que vous et moi on s’entraînera à la réalité. Ainsi va la vie, n’est-ce pas? Nos frigos auront repris des couleurs, l’autobus scolaire ne sera plus une surprise et nous aurons même sans doute déjà quelques réunions au compteur. Pour ma part, j’aurai aussi quelques rechutes… Comme une recette de petits pâtés croches pour les prochaines sorties de ski, et une autre de biscuits pain d’épice. Qui a dit que ça se mangeait seulement à Noël? Et puis, je l’avoue. Mon sapin trône toujours au salon. Il y restera jusqu’à dimanche. Et j’allume encore mes décorations de Noël à l’extérieur. C’est excellent pour l’humeur. Et ça fait un beau pied de nez à Madame la réalité!

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