La Valse à quatre temps des Fêtes| Un conte de Noël signé Frédéric Boudreault

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Par Emelie Bernier
La Valse à quatre temps des Fêtes|    Un conte de Noël signé Frédéric Boudreault

1.

5000 dollars d’absence

On était le 22 décembre, le ciel gris métallique déversait une pluie froide sur toute la ville. Un degré et demi de moins et on aurait pu espérer un Noël blanc cette année.  L’autobus s’arrêta devant un bâtiment qui ressemblait plus à un château qu’à une maison, un bâtiment presque identique à tous les autres dans ce quartier huppé de la ville. Philippe était arrivé chez lui.  À l’école où il étudie, une école qui a formé les plus grands avocats, banquiers et PDG du pays, tous les élèves sont pensionnaires. Il faut comprendre que les parents qui ont les moyens d’envoyer leur enfant dans cette école n’ont évidemment pas le temps de faire des lunchs, laver du linge sale, aider pour les devoirs ou faire des sorties en famille.  C’est pour cette raison que, quand Philippe débarqua de l’autobus, il n’y avait ni la Mercedes de sa mère, ni la Porsche de son père dans l’entrée.  Cependant, il souriait quand même car il voyait Lusiana courir à sa rencontre malgré ses 70 ans.

 
–              Holà pequeño senor! Comme je me suis ennuyée de toi!
 
Du plus loin qu’il puisse se rappeler, Lusiana faisait partie de sa vie. Immigrante sans papiers, ses parents lui avaient offert le poste de gouvernante pour s’occuper de leur fils unique durant leurs multiples voyages d’affaires aux quatre coins du monde.
 
–              Viens, viens mi corazon!  Ne reste pas sous la pluie. Je t’ai préparé des tortillas.
–              Où sont papa et maman?
–              Beaucoup de travail, partis en voyage pour un gros contrat. Mucho dinero!  Ils t’ont laissé un mot sur la table. Ven conmigo!
 
 
Bonjour mon grand, nous sommes à New-York afin de clore les négociations en vue d’un important contrat avec un consortium pétrolier irakien.  Si tout se passe bien, nous serons de retour le 24 pour fêter Noël avec toi.  Regarde dans l’enveloppe, nous t’avons laissé un peu d’argent pour que tu puisses aller t’acheter des cadeaux de Noël avec Lusiana.   À bientôt.
 
 
Dans l’enveloppe il y avait 5000$ en billets de cent. L’équivalent de ce que devait gagner Lusiana en 6 mois de salaire.  5000$…  C’était le prix fixé par ses parents pour excuser leur absence.
–              Je ne me sens pas bien Lusiana, je crois que je vais aller me reposer.
–              Qué se pasa Félipe?
–              Rien Lusiana, je suis juste fatigué.  Juste vraiment fatigué…
 
 
Philippe monta dans sa chambre, ouvrit son écran géant et sa console de jeux vidéo, il mit ses écouteurs et disparut dans un monde virtuel, loin de son père et de sa mère, un monde dans lequel Noël n’existe pas, un monde où l’on peut tuer et mourir à répétition.
Le lendemain matin, Philippe et Lusiana prirent un taxi pour se rendre au centre-ville.  La grande artère commerciale était décorée à outrance de guirlandes clinquantes et de faux sapins en plastique.  Seulement entre la 3eme et la 5eme rue, ils croisèrent 14 pères Noël et 56 lutins.  Les gens, les bras chargés de sacs et de boîtes à l’effigie des grandes marques, ressemblaient à des zombies assoiffés de gadgets informatiques et de jouets en plastique.
 
– Lusiana? C’est quoi pour toi le plus beau cadeau que l’on
puisse recevoir?
– No lo sé pequeño señor.  La santé, je crois. Le bonheur, certainement, et la chance de se savoir aimé.
– Est-ce que tu m’aimes, Lusiana?
– Je t’aime comme l’enfant que je n’ai jamais pu avoir mi corazon.  Si je le pouvais, je vendrais mes vieux souliers pour t’acheter du bonheur et pouvoir le lire dans tes yeux.
 
De l’autre côté de la rue se tenait la grande guignolée de la fondation de l’hôpital pour enfants.  Avant même de réaliser lui-même ce qu’il allait faire, Philippe s’approcha et glissa discrètement l’enveloppe laissée par ses parents dans la boîte de dons que tenait une jeune fille à peine plus vieille que lui.
–              Bravo pour ce que vous faites et Joyeux Noël, mademoiselle.
 
De l’autre côté de la rue, Lusiana avait observé la scène. Quand Philippe revint vers elle, elle le regarda longtemps droit dans les yeux puis finalement, elle le serra dans ses bras.
 
–              Je sais ce que tu penses, Lusiana.  Si papa et maman apprennent ce que je viens de faire de leur argent, ils seront en furie contre moi. Mais je n’aurai alors qu’à leur dire merci pour le super cadeau et à quel point celui-ci m’a rendu heureux.  C’est pas ça, le but, quand on offre quelque chose à quelqu’un?
–              Pues, créo que es la verdad pequeño senor.
–              Viens Lusiana, on marche encore un peu, je commence à trouver ça drôle, Noël.
               
 
 

2.

Un mot qui fait peur en chien

 
                Quand le diagnostic est tombé, c’est comme si la pièce s’était vidée de tout espoir. Le temps, fracturé en mille instants statiques, prolongeait à l’infini un silence froid, opaque et étouffant.  Les parents de Charles savaient qu’il y aurait désormais les jours avant celui-ci et les jours qui suivraient.
 
–              Docteure !!!  Ses chances?  Je veux seulement savoir si mon fils de 15 ans a une chance de survivre.  C’est pas compliqué, me semble.
–              Vu l’état d’avancement de la maladie, j’évaluerais à 50 % ses chances de rémission après 5 ans.
–              50%…… C’est pile ou face ça!  C’est la vie de notre fils qu’on tire à pile ou face!  Ça s’peut pas!  Madeleine, dis quelque chose!
 
                On ne s’habitue pas à la détresse et au désespoir même quand on est médecin. La docteure Amirah travaille à sauver des vies, pas des numéros de dossier.
 
–              Monsieur Dagenais, je vais faire mon travail jusqu’au bout de mes connaissances. Vous, votre travail, c’est de vous occuper de votre fils et de lui donner de l’espoir pour le 50% d’incertitude qui échappe encore à la science. 
 
Quand Charles Dagenais vit entrer son père et sa mère les yeux rouges d’avoir trop pleuré, il sut.  Sa mère tremblait, son père faisait des blagues sur la bouffe d’hôpital.
 
–              Papa, arrête de niaiser! C’est la leucémie finalement, c’est ça?
–              …
–              Papa! Maman! Répondez!
–              Ça va bien aller, Charles. Leucémie, c’est juste un mot, réussit à dire son père entre deux sanglots.
–              Peut-être, papa, mais c’est un mot qui fait peur en chien.
 
Aucun parent ne devrait devoir annoncer ça à son enfant.  Jamais! Il n’y a pas de livre qui explique comment faire.  Il n’y a pas de mots qu’on puisse mettre un après l’autre pour que ça fasse une phrase moins dure à entendre.  Un parent, c’est là pour rassurer son enfant, pas pour lui annoncer qu’il a une saloperie de maladie à l’intérieur de lui qui a des chances de le tuer.
Ce soir-là, après avoir pleuré de rage et de frayeur tout le long du trajet entre l’hôpital et la maison, Charles était dans son lit, incapable de fermer l’œil.
 
–              (toc, toc, toc…) Charles? Charles? Est-ce que tu dors?
–              Ben non Simon, tu peux entrer.
–              J’ai fait un cauchemar, Charles. J’ai rêvé qu’il y avait un monstre qui entrait dans la maison et qui essayait de t’attraper pour t’emmener avec lui.
–              Calme toi Simon. Viens dormir avec moi. Tu l’sais bien, les monstres, ça existe pas.  Pis si jamais ça existait, je sais que tu serais là avec papa et maman pour empêcher le monstre de m’emmener loin de vous.
–              J’ai apporté mon toutou Ours Polaire pour nous protéger au cas.
–              T’as bien fait, Simon. Maintenant, colle-toi sur moi pis on va s’endormir ensemble.  Colle-toi sur moi, Simon, pis protège moi.  C’est moi que le monstre veut attraper, pas toi.
–              As-tu compris Ours Polaire? On protège mon frère Charles.
–              Ok! Dodo Simon.  Ours Polaire est fatigué lui aussi.  Je t’aime.  Bonne nuit.
 
Les semaines et les mois qui ont suivi le diagnostic sont passées sur la vie de Charles et de sa famille comme un ouragan force 5 sur un atoll au milieu de l’océan.  Les traitements, les examens, les aller-retours entre l’hôpital et la maison.  Heureusement, la fondation de l’hôpital pour enfant mettait à la disposition de sa famille un appartement lorsque les traitements nécessitaient des séjours prolongés loin de la maison.  Le plus difficile à la fin a été la greffe de cellules souches.  Comme par miracle, un père de famille de 4 enfants de Charlevoix inscrit sur la liste des donneurs partageait des marqueurs génétiques presqu’identiques aux siens.  Grâce à ces cellules, Charles vivrait.  Nous étions le 23 décembre.  Charles aurait son congé pour le réveillon.  Sur la table de chevet de sa chambre d’hôpital, il y avait Ours Polaire ainsi que la carte que son petit frère avait écrite pour le Père Noël et que sa mère lui avait apportée en secret.
 
CHER PAIRE NOWEL, LA SEUL CHOZE QUE JE VEU POUR NOWEL CES MON FRÈRE CHARLES.
 
–              Je ne sais pas comment vous remercier, Docteure.
–              Remerciez votre fils, c’est lui qui a livré le vrai combat. Il m’a répété 1000 fois qu’il voulait rentrer chez lui pour fêter Noël avec sa famille.
–              En passant, je n’ai jamais osé vous le demander, mais vous venez de quel pays?
–              Blainville, au nord de Montréal.
–              (Le père de Charles devient tout rouge) Je m’excuse, ça ne me regarde pas.
–              La docteure Amirah lui répondit avec un sourire triste aux lèvres. Je viens d’un pays qui a malheureusement trop vu d’enfants se faire priver de leur avenir.  Joyeux Noël, M.Dagenais. Prenez bien soin de Charles.
 
 
  

 

3.

Bagdad-Blainville

 
 
                Elle ne possédait aucun objet, aucune photo. Il n’y avait que des bribes fragiles de souvenirs tapies aux tréfonds de sa mémoire qui choisissaient de refaire surface surtout durant la période des Fêtes.  Cette année, l’actualité, armée de toute son ironie, présentait à la Une en ce début décembre les obsèques nationales du 41eme président des États-Unis d’Amérique.  Celui-là même qui sous prétexte de vouloir semer la démocratie dans le pays d’origine d’Amirah, n’avait réussi qu’à plonger celui-ci dans le chaos et l’anarchie. Le plus grand défaut de son pays était et est encore aujourd’hui de posséder d’importants gisements de pétrole.
 
                24 décembre, 2 biscuits, un verre de lait, un sapin, sa fille Sarah, 7 ans, endormie sur les genoux de son père André devant un film de Noël de pouliches dont la musique abrutissante du menu principal du DVD  tourne en boucles étourdissantes et tapisse l’espace sonore d’éternels recommencements.  Et vint pour Amirah le temps des souvenirs…
 
                L’odeur du narguilé de son grand-père… La musique oubliée des vocalises chantantes des membres de sa famille s’affairant autour du repas de Noël.  Des enfants : ses frères, ses sœurs, cousins, cousines, qui se chamaillent et courent autour de la table garnie de plats dont elle a oublié la saveur.  Les visages de sa mère, de son père, qui s’effacent tout doucement au fil des années qui s’accumulent et qui l’éloignent de ce 24 décembre à Bagdad, son lieu de naissance.
                Et puis le bruit du tonnerre au loin et le cri inhumain des sirènes hurlant au bonheur de se mettre à l’abri et puis son père qui la prend dans ses bras et l’urgence et les pleurs de sa mère et puis son ancienne vie qui disparaît de la carte du monde, soufflée, annihilée par quelque chose d’indescriptiblement destructeur que la folie des hommes vient d’aléatoirement larguer du haut du ciel.
                Et puis son réveil à l’hôpital militaire de l’ONU. Ses yeux qui s’ouvrent sur une jeune femme aux cheveux blonds avec une feuille d’érable sur son habit d’infirmière. Une femme qu’elle apprendra à appeler maman. 
 
                Avant de réveiller Sarah, elle prend deux bouchées de biscuit et boit la moitié du verre de lait. Elle va chercher ensuite les cadeaux qu’elle dépose sous le sapin. Il ne restera que le goûter du réveillon à mettre sur la table.  Un Noël de plus, en paix, qui s’efforcera de faire le poids dans la cruelle balance de la vie.  Demain matin, tous ensemble, ils partiront chez Antoine, le frère d’André, sur cette petite isle au milieu du St-Laurent, là où depuis les débuts de sa nouvelle vie, le mot famille cherche à retrouver un peu de sens. 
 
 

4.

La charte des 3 jours Tremblay

 
Antoine Tremblay est le plus jeune d’une famille de sept garçons. Antoine était vraiment bon à l’école.  Il a essayé Montréal.  Un baccalauréat en sociologie et deux cures de désintoxication plus tard, il a décidé de revenir sur la ferme familiale en plein milieu du fleuve pour « sociologiser » avec une plantation de légumes biologiques.  À 32 ans, Antoine est marié avec Mathilde, la plus belle fille de sa classe quand il était en 6 ème année et il est père de 4 enfants.  Quand il s’est marié à 23 ans, il a dit à sa femme : « Ça va nous prendre des enfants, mon amour, sinon tu vas être toute seule à sarcler. »  Quand ses parents, Réjean pis Réjeanne (eh oui, que voulez-vous), ont décidé, le jour de son mariage, de lui léguer la terre et la maison, il a fait la promesse à ses 6 autres frères qu’ils seraient toujours comme chez eux quand ils viendraient le visiter.  C’est à partir de là que la tradition de se rencontrer les 7 du 25 au 27 décembre a commencé.  Au début c’est parti de presque rien à part l’obligation, le 25 avant le diner, d’aller cueillir un sapin de minimum 7 mètres de haut (un mètre par frère) et de le planter dans la terre gelée en avant de la maison.  Mais d’année en année, à mesure que les familles élargissaient, et pour éviter de boire du gin durant 3 jours, ils en sont venus à élaborer la Charte des 3 jours Tremblay pour organiser un peu l’horaire du temps.  Voici donc ce que la famille Tremblay a fait encore cette année durant ces 3 jours-là.
 

La charte des 3 jours Tremblay

 

Le 25

 
1-            Tout le monde arrive sur le bateau de 9h30. Même le tata de François qui a décidé d’aller vivre à Ottawa.
2-            On arrive habillés en hiver parce qu’on va directement dans le bois pour couper le sapin. Les guirlandes doivent être faites avec du vieux câble à bateau pis chacun des frères apporte une lampe de construction en guise de lumières de Noël.
3-            Après diner, on cuisine avec grand-maman Réjeanne même si elle dit qu’elle veut pas pis qu’on la dérange. (Tout le monde cuisine, même les enfants)
4-            Souper officiel de Noël. Tout le monde habillé chic (même Antoine qui met juste des chemises     «carreautées » depuis 20 ans).
5-            Après le souper, on donne les cadeaux.  C’est toujours grand-papa Réjean qui fait le Père Noël, même si les enfants le reconnaissent à chaque fois.  Pour ce qui est des cadeaux, voici les interdictions : Pas le droit de plastique.  Le cadeau ne peut pas être acheté, peu importe où.  Pas le droit de donner un cadeau qu’on a reçu pis qu’on ne veut plus.  Finalement, on a le droit, sans se sentir mal, de ne pas donner de cadeau ou bien on en fabrique un, point final.
6-            Tous ceux qui jouent de la musique sont obligés d’en jouer sous peine d’aller dormir dans la grange.
7-            Personne a le droit, même les plus jeunes, d’aller se coucher avant minuit.
 

 

Le 26

 
1-            Après le déjeuner c’est le grand concours de « Tendage de collets à lièvres ».  Chaque frère et sa famille a le droit à 7 collets.  Pas le droit de tendre des collets sur la terre à Perron ou sur celle des Bouchard.
2-            Préparation des deux forteresses pour la guerre totale de boules de neige.  Michel, Rémi, André, les 3 plus vieux d’un bord et Luc, François, Antoine, les 3 plus jeunes de l’autre. On départage au hasard les autres participants. 
3-            Diner des frères. (Si personne a tué d’orignal cette année-là, on se cotise les 7 pour acheter 1 demi veau)
4-            Guerre totale de boules de neige. Aucune équipe ne peut être déclarée gagnante parce que la guerre ça fait juste des perdants.  La guerre prend fin après avoir entendu pleurer 7 fois au total ou à partir du premier qui saigne du nez.
5-            Passage à l’infirmerie, suivi du souper des belles sœurs (Il est formellement interdit pour ces dernières de s’inspirer de près ou de loin d’une recette de Ricardo sous peine d’aller dormir les 7 dans la grange)
6-            Grand spectacle des enfants et lecture de la nouvelle légende que grand-papa Réjean a inventée cette année-là.
7-            Soirée libre : discussions politiques, engueulades, mémérage, etc…. Obligation pour les enfants de moins de 10 ans d’aller se coucher avant 10h sous peine d’aller dormir dans la grange. (Les enfants pourront continuer à rire et à se chamailler, mais dans leurs lits.)
 
 

Le 27

 
1-            Déjeuner des enfants sous la supervision de grand-maman Réjeanne. (Bonne chance à tous) Aucun adulte n’a le droit de sortir du lit avant 8h.
2-            Tout le monde s’en va dans le bois pour relever les collets. L’équipe qui a le plus de lièvres dans ses collets prépare le diner.
3-            Jeux libres pour les adultes pendant que grand-maman Réjeanne montre aux enfants comment on enlève la peau et on vide un lièvre.
4-            Diner de lièvres (C’est jamais arrivé qu’on attrape pas de lièvre, mais si ça arrive un jour, on pensera à un plan B). En passant, tout le monde est obligé de manger du lièvre même les enfants… sous peine d’aller manger du foin dans la grange.
5-            La grande corvée : Les filles font le ménage avec grand-maman et les gars donnent un coup de main à grand-papa pour réparer ou construire quelque chose. (Eh oui! C’est terriblement sexiste, mais souvenez-vous que ce sont 7 frères qui ont écrit cette charte)
6-            Départ obligatoire sur le bateau de 5h. (Même le tata de François qui a décidé d’aller vivre à Ottawa)
 
 
En fait, il restait un dernier point juste avant que tout le monde parte. La tradition voulait qu’un des enfants, celui ou celle qui avait eu 7 ans durant l’année, prononce 3 souhaits pour l’année qui s’en venait. Les Tremblay étaient pas trop portés sur la chose religieuse, mais la prière des 3 souhaits, c’était sacré. Cette année-là, c’est Sarah, la fille d’Amirah et André qui était l’élue.  Antoine demanda donc à cette dernière de grimper sur la galerie pour déclamer ses souhaits sacrés.
 
–              Vas-y Sarah dis-nous tes 3 souhaits avant que tout le monde parte.
–              …
–              T’as pas le temps d’être gênée sinon vous allez tous manquer le bateau.
–              Bon bien mon premier souhait, c’est que je souhaite qu’aucun enfant ne se retrouve seul le jour de Noël.  Pis mon deuxième souhait lui, ça serait qu’il n’y ait plus d’enfants malades sur la terre. Et finalement, mon troisième souhait, ça serait qu’il n’y ait plus jamais de guerre dans le monde. Voilà!  C’est ça, mes trois souhaits. Merci. 
–              Rien que ça, ma petite Sarah? Ben c’est ok. Les frères Tremblay te promettent qu’ils vont tous travailler sur ces dossiers-là cette année. Au fond, quand on y pense, c’est plus facile à réaliser que les souhaits d’Henri l’année passée.  Le p’tit maudit.  Il souhaitait qu’il se mette à pleuvoir des cannes en bonbon, que grand-papa Réjean se mette à  voler au-dessus de la grange pis son dernier souhait, le plus improbable, que son père François quitte sa job à Ottawa et que toute la famille déménage dans Charlevoix. 
 
Joyeux Noël tout le monde et à l’année prochaine XXX

A propos de l’auteur
L’auteur du conte, Frédéric Boudreault habite L’Isle-aux-Coudres. Avec sa conjointe Geneviève Jodoin, il tient les rênes de L’Auberge La Fascine. Le Festival folklore Isle-aux-Coudres et les Arthur à Noël ne sont que quelques-uns des projets du musicien et père de 3 enfants qui, chaque année, offre un conte de Noël inédit comme celui-ci à ses proches et amis.
A propos de l’illustrateur
Pierre Bouchard est un peintre originaire du Saguenay-Lac-Saint-Jean qui a frayé dans les eaux de la BD, du graffiti et de l’illustration avant de se consacrer à la peinture. Il habite Charlevoix depuis peu, mais compte bien y rester.

 

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