Enseigner la vie

Photo de Emelie Bernier
Par Emelie Bernier
Enseigner la vie

 
Steve Gingras est prof à la formation générale des adultes (FGA) depuis 10 ans. «J’y enseigne la vie 60% du temps et 40% du temps l’anglais et l’histoire », n’hésite-t-il pas à dire.
Chaque élève travaille à son rythme, un défi pour les enseignants. «On travaille avec des jeunes de 16, 17 ans… Ce sont des adultes qui ont un bagage de vie, de psychologie, d’émotion avec lequel composer », explique l’enseignant. La formation individualisée implique que l’enseignant devra s’adapter à chaque élève, à ses difficultés, à ses manières de progresser.  « Je n’ai jamais enseigné autant que depuis que j’enseigne aux adultes », illustre M. Gingras qui ne regrette toutefois pas le «secteur jeune ». « On arrive là souvent par accident, mais quand on découvre ça, c’est unique. On enseigne à un être humain à la fois. Difficile à comprendre pour quelqu’un qui ne le vit pas… »
Pour bien accompagner l’élève, le prof s’écarte souvent du cadre strictement scolaire. «Qu’est- ce qui s’est passé dans sa fin de semaine, sa blonde qui l’a laissé, son boss qui lui met de la pression pour rentrer plus souvent au détriment de ses études, ses parents qui veulent le mettre à la porte, la consommation…La relation est au-delà de prof élève », explique l’enseignant qui est conscient de l’importance de son rôle. «Je sens que là, j’enseigne. Je forme des futurs citoyens comme l’éducation publique devrait le faire. Non, je ne travaille pas avec l’élite. Ce sont des élèves qui ont des up and down, qui ont une estime de soi au minimum. Ils sont considérés comme poche et que l’école n’est pas adéquate pour eux… C’est ce qui fait que nos journées, nos semaines, notre carrière prennent du sens, de travailler avec ces aspects-là de l’humain », lance-t-il.
Évidemment, le manque de reconnaissance et de support met parfois un frein à cette relation privilégiée.
« La relation prof-élève,  il n’y a rien de plus beau, mais rien de plus fragile. Avec le système qui ne nous aide pas, la première affaire qui est affectée, c’est cette relation-là. Mais avec un minimum d’attention,  c’est ce qui va en bénéficier », dit-il.
Bien des élèves quittent la formation, attirés par un milieu de l’emploi avide. «C’est un drame  quotidien, Les circonstances les amènent à prendre un raccourci. Ils ont trouvé un emploi, mettent l’école de côté pendant un bout de temps. Le marché de l’emploi est à l’avantager des travailleurs. Les garder entre nos murs est difficile. On a une compétition avec les Tim Hortons et les MacD de ce monde. Comme société, le gouvernement d’abord, on a à s’interroger sur quel genre de société on veut créer. Est-ce qu’on veut être au service de l’entreprise ou créer de futurs citoyens et mettre l’argent à la bonne place? Est ce qu’on veut que nos élèves finissent par quitter la région ou on veut créer un dynamisme, une ouverture?», conclut le prof, déterminé à « sauver le monde, un élève à la fois! », pour paraphraser son collègue Émile Gauthier.
 
 
 
 

Partager cet article