Sommet du G7 : un espace de libre expression vide… ou presque

Sommet du G7 : un espace de libre expression vide… ou presque

On les craignait, on a dépensé des centaines de millions pour pouvoir les attendre de pied ferme, mais un peu plus d’une centaine de personnes seulement se sont prévalues de leur droit de manifester dans la zone de libre expression à La Malbaie. Et ils l’ont fait pacifiquement en plus.Par Gilles Fiset

Pendant la presque totalité du temps du Sommet, la zone de libre expression que l’on a préparée à grand renfort de clôture d’acier et de blocs de ciment à côté du Musée de Charlevoix est restée vide, ou presque. Un des passants rencontrés sur place a même fait remarquer qu’il y avait plus de journalistes que de manifestants sur le terrain.

Pourtant, certains ont osé traverser la petite municipalité de campagne devenue ville fortifiée pour faire entendre leur opinion.

Paix et droits de la personne vendredi

Quatre personnes d’origine ukrainienne venues de la ville de Québec et représentant le Groupe ukrainien sont venues demander la libération du prisonnier ukrainien, Oleg Sentsov, qui avait critiqué les politiques du président de la Russie, Vladimir Poutine. Les quatre manifestants dénoncent vivement le gouvernement de Poutine, et espèrent que les dirigeants du G7 feront pression sur celui-ci afin qu’il libère M. Sentsov. Toutefois, ces manifestants ne se positionnent pas contre le G7. L’un d’eux, Volodymyr Levchenko, est positif. « Ce sont les grandes puissances qui se rencontrent pour prendre des décisions et gérer les conflits », pense-t-il.

Les représentants du Groupe ukrainien.

Pendant cette même journée, une résidente de Saint-Urbain, Martine Gagné, est venue pour discuter avec les quelques personnes présentes des idées contenues dans le livre qu’elle a écrit, « Mes Sentiments et mes besoins à moi », qui parle de paix et de communication verbale non violente.

Mme Gagné a mentionné que la veille, elle était venue sur le site et y avait laissé une lettre adressée au premier ministre du Canada entre les grillages sur laquelle elle avait inscrit trois revendications : terminer le dossier sur les femmes autochtones, travailler davantage à remplacer les énergies fossiles par des énergies vertes et mettre dans les écoles un programme d’éducation à la paix. Selon Martine Gagné, les policiers en auraient pris possession par la suite.

Quelques manifestants du groupe « Save Korea Alliance Canada » venus principalement de Toronto ont fait aussi quelques apparitions sporadiques durant cette première journée du Sommet. Ils désiraient mettre en garde le président des États-Unis, Donald Trump, pour sa prochaine visite avec le dirigeant nord-coréen, Kim Jong-Un, à la tête d’un régime autoritaire qui ne respecte pas les droits de la personne, selon eux.

Pollution et nationalisme samedi

Traversant La Malbaie avec banderoles et drapeaux, plus d’une centaine de partisans de l’Association des Vietnamiens du Canada ont rejoint la fameuse zone pour s’exprimer haut et fort à coup de slogans et de cris de ralliement pour dénoncer la présence au Sommet du premier ministre vietnamien Nguyên Xuân Phuc. Un chef d’État aux agissements anti démocratique et anti écologiques, selon eux. « En 2016, le Vietnam a subi la plus grande catastrophe écologique de son histoire causée par le déversement de grandes quantités de toxines par l’aciérie Formosa… La gestion de cette catastrophe est contraire à toutes nos valeurs démocratiques et environnementalistes… Nous voulons éviter que l’argent des contribuables canadiens serve à financer des gouvernements étrangers, officiellement pour des fins écologistes nobles, mais dont la gouvernance réelle est tout à fait contraire aux principes énoncés… », est-il inscrit sur les tracts qu’ils ont distribués.

Un peu plus tard dans la journée, une douzaine de membres du groupe réputé d’extrême droite Québec Libre en Action sont venus déambuler dans « l’enclos du droit à s’exprimer » et dans quelques rues bordant la zone verte avec des drapeaux du Québec flottant au vent.

Certains médias avaient annoncé une manifestation d’une centaine de membres de ce groupe (Hoffingtonpost.ca du 8 juin), mais la réalité fût tout autre et assez décevante d’ailleurs pour les organisateurs. « «Je suis un peu déçu. Normalement, on réussit à atteindre plus de monde, mais il faut dire que La Malbaie, c’est loin », confie un des organisateurs du groupe qui se fait appeler John Hex. Un peu surpris par l’ampleur des mesures de sécurité entourant l’événement, mais en accord avec le principe. « Il y a beaucoup de sécurité, mais en même temps, je ne suis pas contre parce que ça permet d’éviter des problèmes sur le terrain. Comme on est un groupe pacifique, ça fait notre affaire que les policiers soient là », affirme le dénommé John Hex.

Quelques membres du groupe Québec Libre en Action.