Réchauffement climatique, vous dites?

Réchauffement climatique, vous dites?

La vague de froid des dernières semaines a bien fait sourire les climatosceptiques, qui n’ont pas manqué de souligner l’incongruité entre la récente météo et le réchauffement planétaire annoncée. Or, rira bien qui rira le dernier, car, selon les scientifiques, l‘existence de ce phénomène ne fait plus aucun doute. Au-delà de ce débat, une question demeure : Charlevoix, qui a tout misé sur le développement touristique, est-elle prête à y faire face ?

« Un seul événement n’est pas suffisant pour confirmer ou infirmer l’existence des changements climatiques. La météo, c’est comme la bourse. Elle varie au quotidien. Ce qu’il faut observer, ce sont les tendances à long terme », avance Alain Bourque, directeur général d’Ouranos, qui se veut un centre de recherche sur le climat et un réseau de scientifiques dédiés à son étude. Dans cette perspective, pour lui, le constat est clair : les changements climatiques sont bel et bien en train de se produire. Il explique que cette analyse scientifique se fait généralement par période de 30 ans, et il y perçoit une tendance au réchauffement des températures enregistrées à long terme.

Ce dernier est peu impressionné par la froide température ressentie lors du temps des Fêtes. Il souligne qu’aucun record n’a été battu. De plus, il est possible que certaines périodes, voire même certaines saisons, s’écartent des tendances lourdes. « Les changements climatiques n’arrêtent pas les vagues de froid. Elles seront seulement moins probables, et moins intenses », précise le météorologue de formation.

Dans le même ordre d’idées, il énonce que le réchauffement des températures n’est qu’un indicateur parmi tant d’autres des changements climatiques. « Il faut aussi analyser la fréquence et l’intensité des événements météorologiques », poursuit M. Bourque. Il cite en exemple le fait que les ouragans et les tempêtes sont moins fréquents qu’auparavant. Par contre, leur force est nettement supérieure, ce qui fait en sorte qu’ils sont beaucoup plus dévastateurs.

Confronté aux arguments des climatoscpetiques, qui nient l’existence du phénomène, il réplique :
« Selon une étude scientifique, la croyance aux changements climatiques varie en fonction des intérêts économiques régionaux des gens. Plus ils sont dépendants au pétrole, moins ils y croient», décrit le directeur général d’Ouranos. Il compare la situation à celle vécue avec les compagnies de tabac dans les années 1970. « À l’époque, elles faisaient croire aux citoyens qu’il ne fallait pas s’attaquer au tabagisme, car cela allait faire perdre des emplois, comme c’est le cas avec de nos jours avec les pétrolières » illustre-t-il.

L’hiver, espèce en voie de disparition dans Charlevoix ?

« Oui, il y aura encore de la neige en février dans Charlevoix en 2030 ou 2050 », confirme Alain Bourque. Par contre, il croit que les hivers ne seront plus tout à fait les mêmes. « Il y aura plus de précipitations et plus de fortes tempêtes. Néanmoins, la saison d’enneigement sera raccourcie », décrit le scientifique. Dans ce contexte, il invite les entreprises à faire preuve de pragmatisme et à envisager des solutions aux problèmes possiblement engendrés. Par exemple, son organisation travaille présentement avec certaines stations de ski afin de voir comment ils pourront s’adapter aux nouvelles. Malgré cela, il énonce que peu d’entre elles agissent de la sorte. « On construit nos infrastructures on se basant sur des données historiques, et non sur des prévisions futures. C’est une erreur », dénonce-t-il. Pour ce dernier, les changements climatiques sont une réalité. L’enjeu n’est plus de savoir s’ils existent ou non, mais bien de trouver des moyens pratiques de s’y adapter.