Olivier Roellinger et la poudre de Jacques Cartier

Olivier Roellinger et la poudre de Jacques Cartier

Olivier Roellinger invite à faire la révolution à coups de fourchette!

Le nom d’Olivier Roellinger vous est probablement inconnu, mais l’homme est une super star de la gastronomie européenne, triple étoilé Michelin et « multi toqué » chez Gault et Millau. Le sympathique maître queu, qui consacre désormais sa vie aux épices en bourlinguant aux quatre coins du monde à la recherche des plus fines, était à Baie-Saint-Paul la semaine dernière pour le festival Cuisine, Cinéma et Confidences. Le coup de cœur a été réciproque!

« Je viens de Cancale, la maison de Jacques Cartier! Je retrouve mes cousins et cousines chaque fois que je viens au Québec, mais je ne connaissais pas Charlevoix et je suis tombé sous le charme », lance-t-il d’emblée. Celui qui, dans sa profession de marchand d’épices, est soucieux d’offrir un prix juste pour le travail des agriculteurs qui lui fournissent sa précieuse matière première a été touché par le dynamisme régional. «Ça m’impressionne, cette synergie qu’il y a ici, l’énergie des hommes et des femmes qui s’occupent de l’alimentation, les jeunes chefs, les moins jeunes, les producteurs. .. J’ai senti un vrai pays où manger a encore un sens. Je n’ai pas trouvé des consommateurs d’aliments, mais des mangeurs de territoire », s’enthousiasme-t-il.

Vice président des Relais et Châteaux, il consacre une partie de sa vie à défendre la diversité des cuisines du monde. «Pendant très longtemps dans l’histoire de l’humanité, ce sont les femmes qui nourrissaient avec une bienveillance extraordinaire! Cuisiner, c’est prolonger la vie, mais depuis 30 ans, on a délaissé la cuisine pour mettre notre alimentation entre les mains de l’industrie agroalimentaire, qui n’a pas la bienveillance d’une mère et dont le seul moteur est le profit. Il y a une incompatibilité entre la vie, le vivant et le profit! », s’enflamme M. Roellinger, qui constate toutefois une lame de fond contre ces lobbys industriels. « Vous allez au fin fond du Mexique, de l’Inde, de la Chine, cet éveil est universel. C’est le réveil des consciences et à travers ce réveil, la plus grande révolution environnementale! La vie n’est pas une règle mais une exception », avance-t-il.

Il invite à se réapproprier la cuisine, un geste révolutionnaire s’il en est. «La première arme, c’est la fourchette, bien plus qu’un bulletin de vote. On doit être de véritables révolutionnaires pour nos enfants. Cuisiner et vous allez faire plaisir à la planète, à vos proches, à votre portefeuille », invite-t-il. Olivier Roellinger quitte Charlevoix le cœur gros, mais rempli de souvenirs, d’amitiés, de nouveaux parfums sauvages à propager à travers son art de « magicien des épices ». « Je reviendrai sûrement, mais je vais repartir avec le poivre des dunes, le thé du labrador, le mélilot… J’ai déjà des idées… Peut-être la poudre de Jacques Cartier, qui sait?», conclut-il avec un clin d’œil.