Le Symposium vu par…

Le Symposium vu par…

Emelie Bernier

Christopher Boyd

Maman, les petits bateaux…

Des dizaines de petites maquettes de bateaux donnent à la table de travail de Christopher Boyd des airs de fleuve fort achalandé. Le Néo-Écossais a réalisé près de 60 maquettes, à l’échelle, des bateaux qui ont parcouru le Saint-Laurent durant ses heures de présence au Symposium. « J’utilise MarineTraffic, qui donne un Google Map des bateaux et qui s’ajuste à toutes les deux minutes. Je commence à les bâtir quand ils passent Baie-Saint-Paul et je passe au prochain quand un autre bateau arrive », explique-t-il. Il confie qu’il a dû composer avec certaines déceptions, en se forçant à suivre les règles qu’il s’est lui-même imposées. « Il y a des bateaux que je serais particulièrement content de bâtir jusqu’au bout, car je les ai déjà vus, alors je suis parfois triste. Je ne veux pas tricher. J’ai vraiment suivi les règles que je me suis imposées et j’ai bâti les maquettes à l’échelle, très précisément », explique-t-il. Il dit avoir éprouvé beaucoup plaisir dans ses interactions avec le public, notamment lors de sa rencontre avec le capitaine Roger Desgagnés. « Je suis très heureux, car j’ai bâti sept ou huit bateaux de cette compagnie, c’est la plus commune ici! »

Annie Descôteaux

La couleur et la forme

Annie Descôteaux a beaucoup aimé son passage à Baie-Saint-Paul. Durant les trois premières semaines, elle a principalement investi ses énergies sur des collages de grands formats qu’elle n’a malheureusement pas pu exposer en fin de course. « C’est très fragile, étant donné la nature du medium, mais je vais les exposer cet hiver à la Galerie B312 à Montréal, avec un clin d’œil au Symposium », explique l’artiste, qui est donc resté fidèle à sa proposition initiale. « L’idée était d’apporter des collages et de travailler de manière à ce qu’il y ait des objets dans l’espace qu’on puisse reconnaître, lier au collage. Des objets, mais aussi des couleurs, qu’on trouve représentés, stylisés, dans les collages, et assemblés en vrai », explique l’artiste, qui a fait appel au milieu pour sa mise en scène. « J’ai glané des objets, par exemple la plupart des plantes ont été empruntées à la bibliothèque. J’ai utilisé un éventail qui m’a servi parce qu’il faisait chaud… Les objets ont un certain pouvoir évocateur. Je voulais aussi travailler sur l’idée de faire des assemblages en 3D avec de vrais objets en les juxtaposant, en les agglomérant. Je questionne le rapport de l’art et de la décoration », explique-t-elle.

Le rapport avec le public a représenté un défi pour l’artiste dont la démarche exige de la minutie. « Je devais parfois me concentrer pour donne un coup sur la production, mais souvent, en fin d’après-midi, c’était un bon moment pour discuter, avoir de bons échanges », résume Mme Descôteaux. Elle a apprécié son passage à Baie-Saint-Paul, notamment pour la dimension humaine qui l’a comblée. « C’est une expérience à vivre, je le recommande, ce sont des conditions de production exceptionnelles! »

Ordre et chaos dans l’antre de Mathieu Cardin

Le cubicule de Mathieu Cardin est un joyeux foutoir. Ici, un balai mécanique remplit machinalement sa fonction, là, des matériaux se côtoient dans un désordre organisé. Une fenêtre a été percée dans le mur et encadrée, comme un tableau ouvert sur une fraction de l’atelier. « J’ai fait un projet dans l’essence du Symposium, un endroit où il y a une jonction entre l’espace de présentation et l’atelier. En tant qu’artiste, j’ai l’impression que les œuvres existent principalement quand on les extrait de l’environnement où elles ont été créées, on les présente en galerie, elles prennent un autre sens. Dans l’endroit où on les crée, on voit les matériaux, la construction, c’est plus difficile de leur faire raconter une histoire », explique celui qui a donc « créé un mur d’exposition ». « L’œuvre est une fenêtre vers l’atelier. Ce qu’on peut voir comme un ciel est aussi un accident, une chaudière renversée. Je joue avec les perspectives, le trompe-l’œil. J’ai mis en scène l’atelier aussi, et aujourd’hui, je m’en extrais », poursuit-il.

Il qualifie d’extrêmement intéressant le contact avec le public. « Il y a plusieurs niveaux de rencontres. Dans l’ensemble, c’est une expérience très positive. Je n’avais jamais travaillé devant public, ça m’a fait apprendre beaucoup de choses sur moi, ma pratique. Le milieu de l’art est composé de gens qui s’y connaissent déjà, c’est rare qu’on a un contact avec des néophyte, des gens moins institutionnalisés, disons. J’ai parlé autant avec des ingénieurs qu’avec des patenteux du dimanche; j’ai eu des bonnes conversations! Je repars avec beaucoup de matériaux, beaucoup d’idées. Ce n’est pas le même niveau de productivité que quand je suis seul, mais le niveau de réflexion est important. C’est une expérience de communication plus que de présentation », commente-t-il.

Le ciel de papier de Suzanne Joos

Entre les parchemins qui se déroulent sur les tables et les murs couverts de constellations imaginaires, Suzanne Joos est dans son élément, un atelier éphémère qu’elle qualifie de « centre de documentation fictif sur la cartographie imaginaire ». « Il y a des rouleaux qui se déroulent tout le long et j’inscris aussi, tout en inventant ces cartographies, des nouveaux proverbes que j’invente avec des mots glanés dans les horoscopes quotidiens. Deux cartographies se mêlent, soit l’horoscope qui suit le parcours des astres et moi qui invente tout un nouveau parcours d’astres au niveau à la fois visuel et textuel. C’est une poésie imaginaire, explique Mme Joos. C’est quelque chose qui bouge, qui tourne! », poursuit l’artiste.

La création en public a été pour elle un beau défi. « C’est un défi réussi pour moi, j’ai eu beaucoup d’échanges avec les visiteurs, qui ont bien aimé entrer dans cet univers-là. C’est un grand public très large et diversifié qui vient d’un peu partout. J’adore l’expérience de côtoyer toutes sortes d’artistes différents! Ici, on a la chance de voir le travail des autres artistes au jour le jour! Créer devant public nous force à accélérer le rythme, à prendre des décisions plus rapides! C’est en accéléré, de créer une œuvre en un mois. Le Symposium donne une façon autre de créer », de conclure Suzanne Joos.