Ferme du Gouffre: des flammes, des larmes… et de l’espoir

Ferme du Gouffre: des flammes, des larmes… et de l’espoir

Suite à l’incendie de leur ferme et à la perte de près de 200 bêtes de race durant la nuit de mercredi à jeudi dernier, la famille Simard se retrousse courageusement les manches et s’interroge sur son avenir… entre deux larmes, rapidement essuyées.
« Il faut faire le deuil du troupeau, mais le reste, ce n’est que du fer et de la tôle. Personne n’a été blessé et c’est ça le plus important », confie Nicol Simard en regardant les décombres laissés par l’incendie qui a ravagé plusieurs de ses bâtiments agricoles durant la nuit de mercredi à jeudi.
Malgré les détours du sort, le propriétaire de la ferme située sur le chemin Saint-Laurent à Baie-Saint-Paul avait une pensée pour ses employés. « Ce feu fait perdre beaucoup d’emplois. Il pouvait y avoir jusqu’à six employés en période de pointe », dit-il.
Des flammes
C’est une faible odeur de brûlé qui a d’abord averti la famille Simard qu’il se passait quelque chose dans leur étable. « Pendant la fin de la traite, vers 18 h 30, il y avait une petite odeur de brûlé. Mes gens ont vérifié du côté des ventilateurs en touchant partout, mais ils n’ont rien trouvé. Il faut dire qu’on sent souvent l’odeur des barbecues des voisins qui passe par la ventilation de l’étable », explique-t-il.
Vers 21 h, c’est l’embrasement. « Les flammes montaient à la hauteur des silos de 70 pieds. Nous, on ne pouvait pas voir de notre maison. C’est un policier qui descendait la côte Saint-Antoine de l’autre côté qui a appelé le 911 », révèle M. Simard. Les pompiers de Baie-Saint-Paul sont arrivés quelques minutes plus tard. « Quand on est arrivé, la ferme était en embrasement total », spécifie le chef du service incendie, Alain Gravel. Les pompiers de Saint-Urbain et des Éboulements sont venus prêter main-forte à leurs confrères pour circonscrire l’énorme brasier qui comportait des difficultés particulières. « L’étable étant située en hauteur, il fallait arroser beaucoup pour que les retombées n’aillent pas atterrir sur les maisons autour et causent d’autres incendies », explique Alain Gravel. De plus, le bâtiment étant recouvert de tôles, une pelle mécanique a été nécessaire pour soulever les plaques de métal et éteindre la paille enflammée qui brûlait en dessous lors de l’effondrement de l’édifice. Quatre pompiers ont été incommodés durant l’intervention. La cause officielle de cet incendie n’est pas encore connue.
Un ventilateur défectueux
Selon Nicol Simard, un ventilateur défectueux aurait causé le terrible incendie. « Il est possible que ce soit une des boîtes de contrôle des ventilateurs qui aurait mis le feu. Un ingénieur de la compagnie d’assurance est venu chercher les boîtes pour les inspecter, dit-il. C’est l’inconvénient d’avoir des ventilations mécaniques avec des moteurs. Il y a toujours un risque d’incendie même si tout a été posé par un électricien qualifié selon les normes en vigueur ».
Des larmes
Les dommages causés par l’incendie sont évalués à environ 2 millions de dollars, selon ce que rapporte Nicol Simard. L’étable est une perte totale et elle contenait 182 têtes, toutes des vaches Holstein pur sang, « Un des bons troupeaux d’élite. On a eu une vache qui a reçu une mention honorable à l’Expo-printemps du Québec voilà un mois et demi », affirme-t-il.

Mais, il n’y a pas que l’aspect matériel qui compte. « C’est l’ouvrage d’une vie qui part en une nuit, confie Nicol Simard. Mon père avait commencé en 1968 en bâtissant la première partie de l’étable et elle a toujours été agrandie à la main par nous avec un peu de main d’œuvre engagée. Et ça, c’est sans parler du troupeau. Il faut des années de travail et de labeur pour arriver à avoir des bêtes comme on avait ».
La Ferme du Gouffre est un héritage familial. Nicol et sa conjointe Lucie Tremblay sont la cinquième génération d’agriculteurs à exploiter l’entreprise agricole. « En 1880, notre ancêtre Ferdinand Simard a acheté le territoire ici et ça s’est passé de génération en génération », affirme Josianne, la fille de Nicol et Lucie, qui a fait un travail à l’école sur le sujet.
Josianne a été très éprouvée par la perte du troupeau. « C’est un gros morceau qui part. Chaque vache avait son nom et ses petits caprices qu’on connaissait par cœur », a confié la jeune fille, la voix chevrotante et les larmes aux yeux.
30 000 $ pour se débarrasser des carcasses
Les décombres fumaient encore le jour suivant l’incendie que la famille Simard et ses employés étaient déjà à l’œuvre pour ramasser les décombres, sauver ce qui pouvait l’être encore, mais surtout, se débarrasser des carcasses des quelque 180 animaux morts dans les flammes. « Avec les chaleurs de ces derniers temps, ce ne sera pas long que les carcasses vont commencer à sentir », a mentionné le a mentionné le propriétaire de la Ferme du Gouffre.
Selon M. Simard, la procédure habituelle pour disposer de ce qui reste des bêtes mortes durant l’incendie pourait s’avérér extrêmement coûteuse, étant donné l’éloignement des endroits disponibles et les normes de transport. « Les seules places où je peux aller les éliminer, c’est à Saint-Nicéphore, de l’autre côté de Drummondville, ou à Hébertville, au Lac-Saint-Jean, à près de 200 km d’ici. Il faut dire aussi que ça prend des camions étanches pour être certain que rien ne coule des carcasses durant le transport », a expliqué le producteur laitier, en ajoutant qu’« on a évalué l’opération à 25 000 ou 30 000 $ ».
Une solution beaucoup moins onéreuse et tout aussi acceptable pour le ministère a été trouvée. « On va faire des fosses dans le champ. On a discuté avec un représentant du ministère qui m’a envoyé la réglementation et on va enfouir les carcasses dans des sites différents avec de la chaux par-dessus. C’est la meilleure façon selon ce qu’on a discuté et j’ai le droit de le faire. Donc, si les gens voient plein de trous dans le champ, ça va être le cimetière des vaches de ce qui a été notre troupeau », a confié Nicol Simard avec un peu d’amertume dans la voix, jeudi dernier.

L’espoir
Tout n’est cependant pas perdu pour les Simard. « On a réussi à faire sortir 5 génisses par l’autre extrémité où le feu n’était pas encore arrivé et 23 taures gestantes qui vont vêler d’ici décembre étaient à l’extérieur au moment de l’incendie; 28 têtes qui vont nous aider à repartir notre troupeau », expose M. Simard. Les animaux sont pris en charge par d’autres producteurs de la région.
De plus, dans une bonbonne de métal, gelés dans l’azote, « on a des embryons qui étaient d’une des bonnes familles de vaches. On devrait être capable de conserver la souche du groupe », espère le propriétaire de la Ferme du Gouffre.
La famille a deux ans pour décider de son avenir. « La fédération des producteurs de lait me donne deux ans. Le quota de lait m’appartient toujours pendant ce temps-là », annonce Nicol Simard. Ce dernier se donne un an pour assimiler les événements et profiter du congé forcé pour aller voir ce qui se fait ailleurs. « Et si on fait de quoi, la construction va décoller le printemps prochain pour arriver à la fin de l’été et être prêt à rentrer un troupeau », dit-il d’un ton confiant.
La jeune Josianne, malgré le choc, veut toujours partir étudier en agriculture à Saint-Hyacinthe. Son frère Yannick prévoit lui aussi de se diriger dans le domaine, mais du côté de la mécanique agricole, après ses études secondaires.
Quand on demande à Nicol Simard si tous ces événements l’ont abattu, il répond d’un ton résolu : « les gens qui me connaissent vont dire qu’il est déjà relevé ».