Extension de la pratique des idées au MAC: Ton œuvre, la mienne

Extension de la pratique des idées au MAC: Ton œuvre, la mienne

7 artistes québécois, autant d’artistes de France. Entre eux, une correspondance unique sous forme d’instructions, afin que les uns s’inspirent des idées des autres pour créer une œuvre d’art au moyen de leur propre pratique, mais sous l’influence d’un alter ego lointain. Curieux objet artistique que cette exposition croisée « Extension de la pratique des idées », dont le volet québécois est présenté dans le cadre de Manif d’art au Musée d’art contemporain de Baie-Saint-Paul depuis le 25 février et jusqu’au 4 juin.

« Le projet est né d’une amitié entre 2 artistes, Reno Salvail, de Québec, et Dominique Angel de la région PACA (ndlr : Provence Alpes Côte d’Azur) en France. Ils ont contacté des organismes auxquels ils sont affiliés, dont Vu, dans le cas de Reno. Le projet étant multidisciplinaire, on s’est associé à Manif d’art. En France, le partenaire, c’est Sextant et plus », explique Anne-Marie Proulx, co-directrice générale et artistique à Vu, un lieu de diffusion et de production axé sur la photographie. Géraldine Martin y est chargée de projet. « L’idée de départ était de faire voyager les idées. Sous formes d’instructions, les 7 artistes québécois et les 7 artistes français chacun de leur côté ont pensé à des choses qu’ils ont proposées de différentes manières. Ces instructions ont été envoyées, puis choisies de part et d’autres. Ensuite, elles ont été interprétées et ils leur ont donné forme », explique-t-elle.

« C’est une événement satellite que nous avons intégré à Manif d’art. On avait travaillé avec Jacques St-Gelais à plusieurs reprises et il a accepté la proposition. Ça allait de soi de s’arrimer. On est ouvert à ces possibilités. C’est intéressant de travailler avec des organismes en périphérie. Et ça permet à tout ce beau monde de venir voir la réalisation des œuvres », explique Claude Bélanger, directeur général et artistique de Manif d’art.

Les œuvres exposées au MAC sont donc celles réalisées par les artistes québécois à partir des instructions de leurs homologues de l’Hexagone et sont d’ailleurs présentées accompagnés des instructions.

Reno Salvail, un des initiateurs du projet, s’est prêté au jeu de l’interprétation. «Dominique Angel et moi nous sommes liés d’amitié. On s’est dit au lieu de faire voyager des œuvres, on va faire voyager des idées. Il y a quelques mois le projet a démarré. Ce n’est pas une réalisation à la lettre de ce qui a été proposée, mais une interprétation. Parfois, elles sont très larges, parfois plus précises, mais il faut dire qu’on s’est inspiré de parties qu’on croyait importantes dans le texte de la partie de notre binôme», explique-t-il.

«On le reçoit comme une réponse à une question qui est posée. Une question dès qu’elle est énoncée a toute son autonomie. Il n’y a pas de problème d’appropriation. Par contre, aujourd’hui, on lit la réponse à la question et c’est assez émouvant. A la fois il y a une concordance et une cohérence dans la réponse, on reconnaît celui qui nous parle, et à la fois, elle est transcendée. (…) On voit l’écart entre la pertinence, la cohérence d’une réponse à une question, et la manière dont on l’a transcendée, son interprétation, l’univers de l’autre et c’est très intéressant», constate Anne-Valérie Gasc, qui découvrait samedi l’œuvre créée à partir de ses directives suggérées plutôt qu’imposées. « Je pense que ce protocole proposé par Dominique et Renaud s’inscrit dans une généalogie de projets qui permettent aux artistes de se jouer de la question de l’auteur et de l’interprétation des œuvres », analyse-t-elle, secondée par M. Salvail. «Ça démystifie l’idée de l’artiste dans son atelier qui creuse son idée : ça montre la perméabilité de la pratique», conclut-il.

L’exposition des œuvres inspirées des instructions des artistes québécois et réalisées par les artistes de France se tiendra outre-Atlantique en 2018.