Dossier culturel : Jacques Saint-Gelais Tremblay, ad lib

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Crédit photo : claude boulet

Jacques Saint-Gelais Tremblay quittera ses fonctions au Musée d’art contemporain (MAC) de Baie-Saint-Paul à la fin du mois de juillet 2018. L’homme de culture est présentement à l’heure des bilans. Il est satisfait du travail accompli et il croit que l’institution qu’il a dirigée pendant plus de 11 ans est appelé à devenir un produit d’appel d’envergure internationale, si les tous les acteurs socio-économiques mettent l’épaule à la roue.
Par Jean-Sébastien Tremblay
Rencontré dans son bureau, qu’il qualifie de « plus beau de Charlevoix », Jacques Saint-Gelais Tremblay était visiblement serein. «La vie, c’est un cycle. Il faut savoir le respecter. Il faut savoir quand quitter élégamment pour continuer d’avancer », explique-t-il. Jusqu’à son départ prévu dans six mois, il continuera d’exercer pleinement ses fonctions. Il se consacrera à la préparation de l’exposition estivale dédiée à Borduas et à la 36e édition du Symposium d’art contemporain.
Le directeur général a tiré une grande satisfaction de son passage à la tête de l’institution charlevoisienne. Pour celui-ci, ce poste a été un beau défi et un grand privilège. Il a représenté pour lui la suite logique d’une longue et fructueuse carrière dans le monde des arts et de la culture. En effet, M. Saint-Gelais Tremblay est l’un des bâtisseurs de la vie culturelle de la région. Il a débuté à œuvrer dans le domaine en 1967, en ouvrant une boîte à chanson à Baie-Saint-Paul. « À l’époque, [la ville], c’était l’hôpital Sainte-Anne », explique-t-il. Malgré cela, il a vu le potentiel de la localité pour les arts visuels.
« Tous les grands peintres sont passés par Baie-Saint-Paul », relate celui qui rêvait alors que cette culture s’enracine localement. À l’époque, lorsque que confronté par un acteur important de l’industrie touristique qui lui a rappelé que cette activité était la chasse gardée de l’est du comté, il a rétorqué : « Et bien nous ferons [de Charlevoix] une grande région touristique ! ».
Après toutes ces années à rouler sa bosse dans l’univers de la culture, Jacques Saint-Gelais Tremblay est lucide quant à l’état de ce domaine. « En 2018, le mot culture est mal perçu », affirme-t-il. Or, pour ce dernier, les arts sont synonymes de développement économique.
« Imaginez Baie-Saint-Paul sans la rue Saint-Jean-Baptiste ! », s’exclame-t-il. Il soutient que le taux de rendement des investissements dans cette sphère d’activité est nettement supérieur à ceux dans d’autres domaines, car ils transforment complètement une ville.
Plus spécifiquement à propos du MAC qu’il a dirigé pendant plus de 11 ans, le pilier du monde culturel charlevoisien énonce : « Nous avons réussi à en faire un [musée] majeur au Québec, parmi les plus grands. Nous voulons qu’il soit un produit d’appel international ». Il souligne d’ailleurs la qualité des expositions présentées et la qualité du travail de l’équipe qui l’entoure. Malgré son succès, la question du financement demeure toujours fragile et problématique. « Je passe mon temps à quêter de l’argent. Je rencontre des gens sur la rue me disent non en me voyant, c’est assez », raconte-t-il.
L’homme croit que la communauté des affaires pourrait en faire davantage pour soutenir les arts et la culture dans Charlevoix.
« Investissez dans la culture, car lorsque vous aurez disparu comme homme, on se souviendra de vous si vous [y] avez investi. Dans l’histoire, on ne se souvient pas des petites ou grandes entreprises, mais on se souvient de leurs actions pour soutenir la communauté », lance-t-il aux entrepreneurs de la région. Il suggère d’ailleurs à la Chambre de commerce de Charlevoix de créer un prix reconnaissant cette implication lors du prochain Gala Charlevoix reconnaît.
À l’aube de l’arrivée du Club Med dans Charlevoix, Jacques Saint-Gelais Tremblay rappelle que ces futurs touristes sont généralement friands d’art contemporain. « [Ils] viendront pour tout ce que Charlevoix a à offrir. Il ne faut pas se refermer, mais plutôt s’ouvrir et aller plus loin » avance celui qui souhaite que son institution demeure compétitive en offrant des expositions d’envergure internationale. « Est-ce que les gens sont prêts à suivre ? » s’interroge-t-il. « Le musée pourrait aller très loin, ou pas du tout. C’est fragile et on ne sait pas », renchérit-il
Pour M. Saint-Gelais Tremblay, la culture est avant tout une ouverture d’esprit. « L’art, ce n’est pas accrocher un tableau. C’est le dernier acte. C’est plutôt d’interpeller les gens sur les enjeux de société et créer une remise en question », affirme-t-il avec sagesse.
Pour l’instant, l’homme n’a pas de plan précis pour sa vie après le MAC. Il souhaite avant tout se reposer et se consacrer à une autre de ses passions : l’écriture. À la fin du mois de juillet, c’est avec le sentiment du devoir accompli qu’il quittera la grande institution charlevoisienne. Il se mêlera alors à la foule estivale, en visite à Baie-Saint-Paul pour s’émerveiller devant le monde culturel charlevoisien qu’il a contribué à créer.