La dernière patate de la Roulotte à patates frites Georgette Tremblay

La dernière patate de la Roulotte à patates frites Georgette Tremblay

Georgette et Grégoire Tremblay ont fait la pluie et le beau temps dans leur cantine mobile.

Il y a 52 ans apparaissait aux Éboulements un drôle de véhicule, une Ford 1947 transformée en cantine mobile quelques années auparavant par Édouard Paré, de Saint-Joachim, et acquise par Georgette Tremblay et son mari Grégoire. À l’époque, le trio frite-hot dog-liqueur se détaillait 25 sous! Nombreux étaient, jusqu’à l’été dernier, les adeptes de la « roulotte à patates frites Georgette Tremblay » devenue vintage par la force des choses… Aujourd’hui, la propriétaire France Tremblay ferme à contrecœur les friteuses et range pour de bon le joli bolide turquoise et jaune hérité de ses parents.
Par Émélie Bernier.
« C’est une décision longuement réfléchie. La roulotte a besoin d’investissements qui sont au-dessus de mes moyens pour être mise aux normes », explique la dame qui cumulait deux emplois tout l’été à cause de la fameuse roulotte. « J’ai toujours aimé ça! Je m’amuse à dire que j’ai sûrement été conçue dans la roulotte un jour de brume », rigole France Tremblay.
C’est le premier été qu’on ne verra pas le véhicule, le même que conduisait son père il y a 52 ans, installer ses pénates en haut de la côte des Éboulements. « Je pense qu’il y a beaucoup d’habitués qui vont être déçus. Je tiens à leur dire qu’au fil des ans, ils sont devenus des amis. Ils vont me manquer », dit-elle. Des clients italiens de Montréal venaient chaque été faire leur tour… en hélico! Et nombreux sont les peintres et photographes qui ont immortalisé la fameuse roulotte à patates.
503t2222b-la-derniere-patate
Parlant de patates, c’est d’abord à cause d’elles que Grégoire et Georgette Tremblay ont décidé de se lancer dans la frite en 1952. « Mes parents cultivaient les patates et ça leur permettait de passer une partie de leur production. On a toujours fait les frites avec nos patates de l’année d’avant, plus sucrées, et c’étaient les meilleures », lance France Tremblay, qui a pelé plusieurs tonnes des précieuses pommes de terre dans sa vie. Pour ce faire, elle était assistée d’une cuve à éplucher, mais « il en restait toujours un peu », d’où la nécessité de faire aller l’économe!
« C’était mon père, le préposé aux patates dans le temps. Ma mère faisait la cuisine. Au début, c’étaient juste des hot dogs vapeur. Après, les hamburgers, les poutines, les hot dogs rôtis se sont rajoutés », se remémore-t-elle.
Le camion avait l’habitude de parcourir le village de pied en cap et de vendre ses frites de porte en porte. Grégoire et Georgette s’installaient aussi près du terrain de balle, pour sustenter l’appétit des sportifs et des supporteurs. De temps en temps, ils descendaient même jusqu’au quai de Saint-Joseph-de-la-Rive.
503t2222c-la-derniere-frite
France Tremblay, ici avec son employée Karine Gauthier Deschênes, gardera de très beau souvenirs de sa roulotte à patates.

Depuis quelques décennies, la roulotte avait fait son nid tout en haut de la route du Port. Même si elle rentrait tous les soirs à la maison, elle faisait partie du décor! « Je pense que bien des gens vont être déçus et je tenais à dire « merci » à tout le monde, les clients, les engagés, pour tous les beaux moments passés », de lancer France Tremblay, l’émotion encore vive devant cette décision qui marque la fin d’une époque. Elle avoue avoir beaucoup pleuré avant de tirer définitivement le rideau.
« Même si c’est beaucoup, beaucoup de travail, j’aurais continué encore. Il faut être un peu « malade », mais moi, j’ai été élevée là-dedans! Je le faisais pour avoir le plaisir de voir mes clients et aussi pour honorer le legs de ma mère… », raconte celle qui continuera d’utiliser le bolide à des fins personnelles.
Son garçon Moris, lui, réussit à trouver du positif dans tout ça. Sa mère sera d’abord beaucoup moins occupée. Et lui pourra continuer à déguster les meilleures frites en ville!
« On va avoir les meilleures poutines juste en arrière de la maison… Je suis content, parce qu’ailleurs, c’est pas pareil! », lance le jeune homme de 9 ans avec aplomb.
France Tremblay tourne la page, mais elle tenait à saluer une dernière fois ses fidèles clients et à remercier ceux qui l’ont aidée dans cette entreprise, son frère Bastien en tête de liste ainsi que tous les employés qui lui ont prêté main-forte au fil de ans.
« Grâce à vous, nous avons vécu 52 ans de pur bonheur qui auront rempli à jamais nos têtes et nos cœurs de merveilleux souvenirs qui resteront gravés dans nos mémoires. »