Chronique de Brigitte Lavoie: Rouler sur du doux

Chronique de Brigitte Lavoie: Rouler sur du doux

Le boulevard de Comporté à La Malbaie.

Même si c’est fait dans les normes, que ça fait propre et que ça roule doux, je m’attendais à autre chose. Je suis déçue.

En septembre, quand le ministère des Transports a annoncé les travaux sur le boulevard de Comporté à La Malbaie, j’ai crié « Victoire! ».

Après avoir entendu plusieurs fois les élus municipaux souhaiter autre chose pour ce tronçon, j’imaginais allègrement, et sans aucun diplôme en poche d’aménagement urbain, un tronçon revampé au goût du jour.

Terre-plein avec verdure, piste cyclable sécuritaire entre le quai Casgrain et le pont Arthur-Leclerc, rétrécissements variables des voies pour faciliter l’entrée au centre-ville et dans les commerces du secteur, disparition de l’interminable garde-fou pour un agencement de structures protectrices designs, arbres, arbustes et graminés se balançant dans le vent jusqu’à la côte Bellevue. Un vrai boulevard urbain version 2018, comme on en voit parfois dans les villes visionnaires! En fait, la seule chose à laquelle je n’avais pas rêvé, c’était à l’asphalte…

Alors vous dire ma déception.

Parce que ce qu’on a eu, et vous le savez puisque vous roulez dessus, c’est un coup de glaçage sur notre beau boulevard des années 1970. De l’asphalte toute noire, propre et sans cannelure, avec les bouches d’égout au niveau. Mignon comme tout. Quelque chose qui a coûté entre 1 et 5 millions $, selon la Programmation MTQ 2018-2020.

Évidemment, on comprend. Avoir plus, c’était trop cher, il y a tellement d’autres priorités pour le MTQ qui en a plein les bras. Et il faut dire qu’on avait eu droit à un feu de signalisation piétonnier l’été dernier, pour survivre aux traversées entre l’hôtel de ville et le quai Casgrain. Alors pourquoi se plaindre? Il faudra attendre pour rouler sur autre chose. De toute façon, clairement, à l’est de la côte de la Miche, les travaux publics nationaux qui donnent du panache aux municipalités ne sont pas courant. Vive le vintage!

D’ailleurs, se contenter de ce qu’on a semble la meilleure option pour éviter la déception. En fait, c’est de se faire à l’idée. Se faire à l’idée que le grand cône orange à l’entrée du pont Leclerc, direction est, est là pour rester. Continuer de dire « ouf » à chaque fois que tu sors de chez BMR sans te faire emboutir sur ce boulevard à quatre voies sans accotement et obstrué de bancs de neige en saison.

Se faire à l’idée qu’à Saint-Siméon, ou ailleurs dans une petite municipalité près de chez vous, les sept arbres et demi plantés dans le sable en bordure de route sont tout ce qu’il y aura pour embellir la traversée d’agglomération, tout comme les cônes élancés, visés sur la route 362 pour sauver les piétons qui vont à la plage de Saint-Irénée. Dans le choix d’équipement urbain, on est loin du catalogue IKEA.

Au fond, je plains les travailleurs du MTQ. Facile d’imaginer qu’il y a dans ces bureaux des gens professionnels et avec des idées lumineuses, qui pourraient faire des plans fantastiques pour nos vieux tronçons et remplacer les cônes par des options esthétiques et tout aussi sécuritaire. Des travailleurs qui doivent même être capables de pondre des projets pilotes pour nos petits défis urbanistiques tristounets. Imaginez si, comme dans la Politique d’intégration des arts à l’architecture, on allouait 1 % des sommes investies dans chaque projet d’asphaltage à l’aménagement urbain… Tout deviendrait beau, ça ferait mal aux yeux!

Mais c’est du rêve. Rafistole, pave et roule sur le doux. Et si la déception se pointe, lève le nez vers le fleuve et contente-toi de la vue.